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lundi 22 septembre 2025

[Thomas, David] Un frère

 






J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Un frère

Auteur : David THOMAS

Parution : 2025 (L'Olivier)

Pages : 144

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

 « Pendant presque quarante ans, il aura été là sans plus vraiment être là. Lui, mais plus lui. Un autre. »
 
David Thomas raconte le combat de son frère contre cette tyrannie intérieure qu’est la schizophrénie. Sa dureté, sa noirceur, ses ravages. Depuis la mort brutale d’Édouard jusqu’aux années heureuses, il remonte à la source du lien qu’il a eu avec son aîné et grâce auquel il s’est construit. Lors de ce cheminement, il s’interroge : comment écrire cette histoire sans trahir, sans enjoliver ? Écrire pour rejoindre Édouard. Le retrouver.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

David Thomas est l’auteur de plusieurs romans et recueils d’instantanés parmi lesquels La Patience des buffles sous la pluie ou Seul entouré de chiens qui mordent (prix de la nouvelle de l’Académie française 2021). Partout les autres, a été couronné en 2023 par le prix Goncourt de la nouvelle.

 

 

Avis :

Après la mort de son frère schizophrène, David Thomas s’efforce avec pudeur et sincérité d’exhumer les fragments de quarante ans d’un lien fraternel que la maladie, insidieuse et tyrannique, n’a cessé de distordre, tout en le rendant plus viscéral et sacré. Ecartant la tentation du pathos ou de l’explication clinique, il s’avance à pas feutrés dans les zones d’ombre de la mémoire, tissant au fil des pages une tapisserie de souvenirs où l’amour se mêle à la douleur et où l’absence devient cette présence obsédante si bien décrite par Philippe Forest.

Écrivant comme on marche sur des braises, David Thomas construit son récit en une succession de tableaux chargés d’émotion contenue et vibrant d’une intensité sourde, comme si, retenus trop longtemps, les mots s’échappaient enfin, haletants, pour dire ce qui n’avait jamais été dit. Tandis que les années s’écoulent, marquées par les internements, les silences, les rechutes et les disparitions, le narrateur tente de recomposer le visage d’Édouard, cet aîné devenu fantôme, cet homme que la maladie a dépossédé de lui-même, le transformant en énigme souffrante que l’on ne sait plus comment aimer.

Pendant qu’il nous donne à ressentir les ravages de la schizophrénie – cette tyrannie intérieure qui isole et mutile –, le récit tremble, espère et pleure dans une fragilité assumée qui en fait la bouleversante singularité. En même temps, aussi sincère soit-elle, cette introspection tend parfois à tourner en boucle, comme si le narrateur, incapable de s’extraire du vertige du manque, revenait sans cesse aux mêmes motifs, sans parvenir à les déplacer ni à les transformer. Ce ressassement, qui peut être lu comme une fidélité au deuil, donne au texte une tonalité presque hypnotique, mais risque aussi d’en émousser la tension en enfermant le lecteur dans une chambre d’écho où les variations sont plus d’intensité que de contenu. Ainsi, le récit s’enfonce toujours davantage dans la répétition, comme si le chagrin, refusant toute résolution, exigeait d’être rejoué à l’infini.

A la fois lettre à l’absent, tentative de réconciliation posthume et offrande tardive, ce roman se lit comme on ouvre un journal intime resté longtemps scellé. Porté par une langue limpide et vibrante, par des phrases longues qui semblent vouloir retenir le temps, c’est un chant funèbre et lumineux, un hommage à la complexité des liens familiaux, à la douleur de survivre et à la beauté de se souvenir – même si ce souvenir, parfois, tourne sur lui-même comme une toupie mélancolique refusant de s’arrêter. (3,5/5)

 

 

Citations :

L’essence même de la folie (…) : un enfermement mental, une souffrance indescriptible d’être coupé des autres et de soi, quelque chose qui vous met hors du monde sans votre consentement, tout en vous faisant croire (et c’est là toute la subtilité du vice) que vous en faites encore partie. 


Je n’ai pas les compétences pour dire ce qu’est la folie, la seule chose que je sais, dans mes profondeurs les plus archaïques, c’est qu’elle est pour moi la pire des afflictions. Cette souffrance, je l’ai vue quatre décennies dans les yeux de mon frère. Et quand on a vu ce regard qui vous supplie de le sortir de là, qui vous adjure de l’aider, de mettre fin à ces hurlements silencieux, alors que l’on est TOTALEMENT impuissant pour ouvrir la porte de cette prison intérieure, on vit, même normalement, même heureux, avec une peine aussi diffuse qu’un brouillard. 


L’inquiétude est une eau rusée, elle s’infiltre, contourne, trouve les interstices et fonce torrentielle dans les failles.


Je songe souvent à ce que Duras évoque dans Écrire et des phrases remontent à la surface de mes doutes : « L’écriture c’est l’inconnu. Avant d’écrire on ne sait rien de ce qu’on va écrire. Et en toute lucidité. […] Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on n’écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine. »


Car ce qu’il y avait d’insupportable dans la mort de mon frère, ce n’était pas sa mort, c’était sa vie.


Signer une HDT pour des raisons psychiatriques n’est jamais un acte anodin. À Pompidou mon frère a été attaché avec une camisole sur brancard pendant trois heures avant de voir le médecin. À son arrivée à Sainte-Anne il a littéralement été shooté pour le sédater et faire descendre la tension. Mon frère, alors, n’avait plus aucun contrôle sur lui-même. La psychiatrie, surtout aux urgences, vous sépare de vous-même, elle vous prend en charge sans vous demander votre consentement. Et les malades, malgré l’altération de leur entendement ou de leur discernement, de leur capacité de raisonner, en ont toute conscience. Pour lui, signer ce papier était se faire complice de ceux qui le maintenaient dans la maladie.


Pour pouvoir écrire, il faut lire les plus grands et laisser doucement, lentement, retomber les sédiments jusqu’à ce que l’eau reprenne sa clarté. Mais cela prend du temps. Beaucoup de temps.


On peut finir par se détacher, finir par être quelqu’un et ne plus apparaître comme le frère de, le frère aîné reste TOUJOURS l’aîné. Mon regard sur lui était toujours en contre-plongée. Toute la vie. Ce n’est pas une question de taille, d’aura, de place ou de réussite, c’est inné, inscrit. Quand bien même le cadet atteint le toit du monde, comprend mieux, sait mieux, vit plus grand, plus haut, plus brillamment, vainc une armée de Huns alors que l’aîné se contente d’une vie modeste, l’aîné le reste ad vitam.


Même si j’ai horreur du déterminisme, je ne peux nier que nos vingt premières années nous conditionnent pour le reste de notre existence. On passe sa vie à se désembourber de soi-même, à se dévier de ce que l’on s’imagine avoir été écrit pour soi. Se construire, c’est déconstruire l’image que l’on s’est faite de soi-même.
 
 
Le poète ne le vit que par intermittence, le temps d’écrire le poème, mais n’y reste pas. Mais le malade le vit, le malade est CONSTAMMENT dans l’état poétique, CONSTAMMENT dans une autre perception. Il y est enfermé. Il est sur une île depuis laquelle il voit le continent. Il sait parfaitement comment on parle, comment on vit sur le continent. Il le sait, parce qu’il en vient. Mais ce mode de vie sur le continent lui est interdit, maintenant, il est en exil. Il est sur une île, ou en relégation, comme ces hommes ou ces femmes envoyés par le régime soviétique à l’autre bout du pays pour du travail forcé. Ils ne sont pas en prison ou dans des camps, parfois ils sont juste dans des villages de dix ou quinze habitations, ils n’ont pas quitté le pays, ils ne sont pas incarcérés, ils sont mis à l’écart et forcés au travail pour la collectivité. Comme Brodsky près d’Arkhangelsk. Les malades mentaux sont dans la même situation, des relégués. 

 
Ce récit m’aura permis de transformer une peine en présence, de me la rendre. Maintenant le livre peut bien se finir, cette présence, elle, ne me quittera jamais. Parce que je ne veux pas qu’elle me quitte. Ce n’est ni bien ni complaisant, ni triste ni apaisant, c’est là. 


 

vendredi 8 août 2025

[Beauchemin, Jean-François] Le roitelet

 



 

Coup de coeur 💓💓

 

Titre : Le roitelet          

Auteur : Jean-François BEAUCHEMIN

Parution : 2021 (Québec Amérique)

Pages : 144

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Un homme vit paisiblement à la campagne avec sa femme Livia, son chien Pablo et le chat Lennon. Pour cet écrivain parvenu à l’aube de la vieillesse, l’essentiel n’est plus tant dans ses actions que dans sa façon d’habiter le Monde, et plus précisément dans la nécessité de l’amour. À intervalles réguliers, il reçoit la visite de son frère malheureux, éprouvé par la schizophrénie. Ici se révèlent, avec une indicible pudeur, les moments forts d’une relation fraternelle marquée par la peine, la solitude et l’inquiétude, mais sans cesse raffermie par la tendresse, la sollicitude.

À ce moment je me suis dit pour la première fois qu’il ressemblait, avec ses cheveux courts aux vifs reflets mordorés, à ce petit oiseau délicat, le roitelet, dont le dessus de la tête est éclaboussé d’une tache jaune. Oui, c’est ça : mon frère devenait peu à peu un roitelet, un oiseau fragile dont l’or et la lumière de l’esprit s’échappaient par le haut de la tête. Je me souvenais aussi que le mot roitelet désignait un roi au pouvoir très faible, voire nul, régnant sur un pays sans prestige, un pays de songes et de chimères, pourrait-on dire.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Jean-François Beauchemin est écrivain depuis près de vingt-cinq ans. Il propose une œuvre pensive, tout aussi lucide que ludique. Il est l’auteur, notamment, du Jour des corneilles (prix France-Québec 2005) et de La Fabrication de l’aube (Prix des libraires 2007).

 

 

Avis :

Son frère schizophrène lui avait dit : « Tu devrais écrire un livre dans lequel rien n’arrive. » Alors, le prenant au mot, il s’est appliqué à écrire une histoire où « presque rien n’arrive », mais « tout y a un sens ». Ce livre, c’est le récit de la vie qui passe, une vie «  banale, insignifiante », mais qui « pèse pourtant à ce point sur la pensée, le caractère et l’âme qu’elle finit par leur donner une raison d’être. »

Désormais sexagénaire, le narrateur mène une existence paisible auprès de sa femme Livia, de son chien Pablo et de son chat Lennon, tout entière emplie des beautés de son jardin et de l’écriture quotidienne de l’unique page à laquelle il se limite depuis ses vingt-cinq ans et son entrée dans la peau d’un écrivain, parce qu’il faut s’appuyer « sur le regard bien davantage que sur l’imagination » et « être peintre avant d’être poète ». Souvent, son frère qui habite le bourg voisin où une pépinière l’emploie quelques heures à la belle saison, fait une apparition sur sa bicyclette, poursuivi par ses tourments et par son chaos intérieur.

C’est lui, le roitelet, à la tête marquée de jaune : « un oiseau fragile dont l’or et la lumière de l’esprit s’échappaient par le haut de la tête », « un roi au pouvoir très faible, voire nul, régnant sur un pays sans prestige, un pays de songes et de chimères, pourrait-on dire ». Laissant de côté la violence de la maladie, de la peur et du rejet ordinairement subi, les deux frères se nourrissent l’un l’autre de leur tendresse et de leur complicité, s’enveloppant d’une bulle réparatrice et consolante, façonnée dans la contemplation apaisante des beautés qui les entourent - « le balancement d’un arbre, ou les calmes variations du ciel au-dessus de la maison » -, échangeant au hasard de leur quotidien des propos que leur profonde et magnifique justesse auréole d’une bouleversante splendeur.

Toute en pudeur et en délicatesse, la plume de Jean-François Beauchemin effleure les souvenirs et le quotidien de ces deux hommes unis par une indéfectible affection pour en collecter « ces moments de grâce où le temps s’arrête, dirait-on, et laisse sa place à quelque chose du plus matériel, de plus humainement saisissable, et de moins cruel ». Tandis qu’avec eux l’on s’émerveille du temps qui passe, des perfections de la nature et de l’amour qui nous lie à nos êtres chers, l’on se retrouve sous l’enchantement de cette si belle méditation sur la vie et sur la mort, sur l’étrange cohabitation du corps et de l’âme, sur la puissance consolatrice des liens familiaux et affectifs.

Rares sont les livres touchant au sublime comme celui-ci, tissé par une écriture magnifique autour d’une réflexion profonde et poétique, entre spiritualité et philosophie, qui vous va droit au coeur et à l’âme. Une œuvre éblouissante et un grand coup de coeur. (5/5)

 

 

Citations :  

Un inextricable désordre régnait désormais dans cette chambre séparée de la mienne par un mur mitoyen, et de laquelle me parvenait un silence de mort. Avec le recul, je dirais qu’il entretenait cette petite pièce aux rideaux perpétuellement tirés comme il aménageait sa vie intérieure : en y entassant pêle-mêle et au hasard les objets les plus divers, comme pour ajuster son esprit à cette image de chaos que lui renvoyait le Monde, et ainsi atténuer l’angoissant décalage qu’il percevait entre lui-même et la réalité. C’était en somme sa façon de se soigner : non pas en éliminant sa peur, mais en l’alimentant au contraire, et en fournissant en combustible ce feu qui de plus en plus le dévorait, parce que le laisser s’éteindre aurait signifié l’avalement définitif et unilatéral de son cœur par le grand incendie du Monde.
 

J’ai cru m’approcher en vieillissant d’une espèce d’état d’accalmie qui me ferait considérer ma vie avec sérénité et satisfaction. Mais, vu de près, c’est complètement différent. Il n’y a pas dans cette vie une seule idée dont je sois convaincu qu’elle demeurera, et je ne suis pas certain en général d’avoir été sur la bonne piste. Tout me reste à apprendre. Ça ne serait pas si vertigineux si je disposais d’une seconde existence et, pourquoi pas, d’une troisième. Mais le temps va me manquer.
 

« Tu continueras, lui confia-t-elle en effleurant sa paume, de te lever chaque jour très tôt, à l’heure des oiseaux. De tous tes rendez-vous manqués, celui avec la chance restera le plus décevant. Mais les poètes, et le chant des mésanges et des grives, finiront par te consoler. Franchement, j’ignore si tu vivras encore longtemps dans ce corps et avec cet esprit. Chose certaine, une phrase de ta mère t’accompagnera jusqu’au bout : « Réfléchis, mais ne fais pas que réfléchir ; émerveille-toi aussi. Émerveille-toi, mais ne fais pas que t’émerveiller ; réfléchis aussi. » Ça sera la grande affaire de ta vie. »
 

« Ce que j’aime de ce livre, commença-t-il, c’est qu’il me raconte avec beaucoup de clarté ce que, confusément, je sais déjà. À mon avis, son auteur a dû travailler très fort pour en arriver à un tel degré d’intelligibilité. La littérature, c’est très facile quand vous ne savez pas comment faire. Mais quand vous savez, c’est plutôt difficile. »
 

Une heure s’était écoulée lorsqu’à la fin j’ai enroulé mon frère dans la serviette et saisi le peigne pour au moins tenter de donner une forme à cette chevelure insurgée. C’est ce moment qu’il a choisi pour prononcer ces mots déchirants de lucidité : « Je suis un puits sans fond. J’ai beau fouiller en moi, je n’aperçois rien qu’une nuit profonde. Je suis perdu. » Et moi, l’écrivain, le spécialiste des mots, je n’ai pas su quoi lui répondre. 
 

À cette heure, l’étang n’était troublé ni par le vent, ni par la déambulation des canards, ni même par les poissons, qui, à peine sortis du lit, en étaient encore j’imagine à l’étape de la planification de la journée. Le mouvement de la petite chaloupe amarrée en permanence au quai fut le premier, au moment de notre embarquement, à émouvoir au moins un peu l’eau. Les rames, une fois bien enfoncées sous la surface, ont achevé le travail, et le miroir de l’étang s’est brisé tout à fait. J’ai lancé ma ligne au moment précis où le soleil s’est élevé au-dessus de la montagne. Une cane, sortie des roseaux, est alors venue tourner autour de notre esquif, intriguée je crois par ce frêle véhicule glissant comme elle sur les eaux. Habitué à la présence des autres animaux, le chat Lennon demeurait d’un calme exemplaire, se contentant de regarder l’oiseau barboter, et tentant peut-être de traduire en termes plus clairs ses caquetages nasillards.
Une truite fut au bout d’une heure tirée de l’eau. Le chat l’observa un instant se tortiller au fond du bateau, puis s’en détourna. Je sentais que le spectacle de la montagne, à présent éclaboussée de rayons solaires, l’inspirait davantage, alimentait son esprit sans cesse hanté, ému, rieur, indigné, traversé par le doute et, surtout, imprégné de l’intense joie de celui qui ne s’habitue pas à l’inexplicable splendeur de ce Monde.
 
 
Hier soir, tandis qu’il marchait à mes côtés dans la campagne, mon frère, comme devinant ma pensée, m’a dit ces choses troublantes : « On dirait que Dieu, après avoir visité ma vie, en est reparti en éteignant la lumière. C’est en vain que je l’appelle et le prie d’y rétablir l’éclairage. » Puis, montrant du doigt les champs environnants : « Regarde un peu ces lucioles. Elles clignotent dans la nuit pour se reconnaître entre elles. Mais moi, je ne suis la lampe de personne. »              
Il était tard lorsque je suis rentré à la maison. Livia m’attendait sur le sofa, un livre à la main. « De qui suis-je la lampe ? » lui ai-je demandé, un peu abattu, en m’assoyant auprès d’elle. « De personne, j’en ai bien peur », me murmura-t-elle à l’oreille. Puis, posant doucement sa main sur mon cœur : « Mais veille à ne pas laisser mourir le feu qui brûle ici. »


Vieillir ne comporte pas tant d’avantages, mais il y a au moins celui-ci : on se déleste du superflu. À partir d’un certain âge, la vie peut être formidablement légère. Je ne sais pas pourquoi la mienne en tout cas s’allège de plus en plus. Peut-être à bien y songer l’humour de Livia joue-t-il un rôle dans cette légèreté d’oiseau. L’amour qui dure, et qui en mûrissant ne conserve que ce qu’il faut, y a aussi assurément sa part.


Je me suis souvenu des premiers symptômes : son décrochage de l’école, l’étrange repli sur soi, la perte d’intérêt pour presque tout, les insomnies, les troubles de l’attention puis les si déroutants accès de paranoïa, le mutisme, l’émoussement de l’affectivité, la lente dislocation de la personnalité. Je réentends avec une sorte de terreur sa faible voix murmurant, dans un de ces moments de lucidité dont il a le secret, ces mots douloureux : « En moi, l’enchaînement des pensées ne se fait plus. J’essaye d’arrimer les uns aux autres les wagons du train mais je n’y arrive pas. Je ne suis même pas sûr qu’il y ait encore des rails. »


Je ressens de plus en plus que le temps marche derrière moi et qu’il me pousse dans le dos.


Un jour, dans une école, de jeunes élèves que je visitais et qui me croyaient sage ou, pire encore, professeur de vérité, m’ont demandé s’il était possible d’être heureux la plupart du temps. « Euh, hum, houlala, ai-je commencé. À première vue, ça me paraît une tâche assez ardue. Mais j’ai un conseil pour vous. Après l’école, rentrez directement chez vous. C’est parmi les vôtres que votre bonheur a le plus de chances d’éclore et de durer. »


À quoi sert l’amitié ? Peut-être à consoler le chagrin que l’amour a causé. 


« La lecture me lasse, lâcha-t-il, si en m’autorisant à côtoyer les êtres elle n’ajoute rien à ma compréhension des âmes. Ce roman est un somnifère. » Je m’en suis voulu d’avoir cherché aussi bêtement à le divertir. J’aurais dû me rappeler que son existence était déjà suffisamment peuplée de fantômes : ce qu’il voulait retrouver dans les livres, c’était le contraire de ces personnages qu’on traverse sans les voir et sans les toucher. Il marchait de long en large devant nous en agitant les mains, en proie à une vive agitation, à ces soudaines sautes d’humeur qui accompagnent presque toujours ses délires paranoïaques. « Cet écrivain croit expliquer son héros, répétait-il. Il ne fait que l’affubler d’habitudes. » Livia tentait de l’apaiser. Elle lui a proposé de s’asseoir un instant et de manger un morceau en notre compagnie. « Mais je ne veux pas manger ! a-t-il répondu, furieux. Je veux que les livres changent ma vie ! J’en ai assez de ces écrivains qui au lieu d’écrire accablent de mots leurs phrases, comme s’ils n’étaient que des commentateurs, de simples employés ou, je ne sais pas moi, des publicistes ! » 


Ces mots, murmurés par lui ce matin, m’inspirent encore une frayeur sans nom : « Souvent, je m’enferme chez moi à double tour et je me cache sous les draps. Les voix terribles que j’entends dans ma tête, et les visions qui m’apparaissent, continuent pendant des heures. Toi, si tu es pourchassé par un malfaiteur, tu as toujours la possibilité de courir te mettre à l’abri. Moi je ne le peux pas. Le malfaiteur est dans mon cerveau et je ne peux pas m’enfuir. Ma seule porte de sortie est ce jardin où je te retrouve presque chaque jour et dans lequel résonne le pépiement si rassurant des oiseaux. Et encore : il arrive que même les oiseaux ne me suffisent plus. Alors il ne me reste que les pages des poètes. »


Dans le tournant qui mène à la rivière, mon frère a dit : « Je crois en Dieu. Je n’ai d’ailleurs pas le choix : dans cette vie, il n’y a pas moyen de faire autrement. Mais lui ne me paraît pas tellement croire en moi. »


Assez souvent, ses crises de paranoïa sont aggravées par sa conviction que tout le monde lit dans sa pensée. « À force d’être dépouillé de mes secrets, j’ai peur qu’à la fin il ne reste plus de moi qu’une enveloppe, un corps creux, comme un poulet qu’on a évidé », m’a-t-il confié un jour, au sortir d’une de ces périodes de grand désordre psychique. Cette image terrifiante de mon frère changé en poulet évidé m’a hanté longtemps, et encore à présent j’évite autant que possible de mettre de la volaille à mon menu. Mais elle n’en demeure pas moins révélatrice de la façon dont il conçoit ses rapports avec autrui : comme un danger, une gigantesque machine à purger qui sans cesse menace de lui prendre sa vie intérieure, et ce qui lui reste d’équilibre mental. « Je crois, me répète-t-il régulièrement, que la société tente de m’avaler à partir du dedans. Quand ce sera fait, je m’effondrerai aussi sûrement qu’une maison privée de sa charpente. Car à quoi diable s’appuyer lorsqu’il n’y a plus rien en soi-même, et que tout le reste menace de céder sous le poids écrasant du regard d’autrui ? »


J’étais encore sous les draps quand j’ai demandé à Livia : « À quoi sert l’art, aujourd’hui, dans ce monde où nous vivons ? » Elle achevait d’enfiler sa robe lorsqu’elle m’a dit : « Il me semble que c’est une sorte d’acte de résistance. Rien de prodigieux. Pour tout dire, je crois que la peinture, la littérature, la photographie, la musique ou le cinéma, toutes ces choses-là, pour la plupart, ne contribuent que très modestement à la bonne marche du Monde. Les œuvres d’art ne sont qu’un signal, un phare émettant une faible lueur au milieu de la nuit. Faible, oui. Mais c’est la seule dont nous disposions. »              
C’est ce qui explique il me semble qu’il n’y a presque rien dans ce livre que j’ai terminé d’écrire il y a trois jours, juste une histoire au fond très simple de jardins qu’on soigne et qu’on arrose, de saisons qui passent et de gens quelquefois malheureux, c’est vrai, mais en paix relative avec leurs regrets, sans peur exagérée de l’avenir, et qui s’étonnent ensemble de la brièveté de leur existence. Et puis, entremêlée à celle de ces gens ordinaires, l’histoire aussi d’un homme à la tête pleine d’ombres et de secrets, mais au sommet de laquelle filtre un mince rai de lumière, un roitelet, qui plus douloureusement que les autres se trouble des transformations qui s’opèrent en lui. 
« La vie passe, m’a dit ce matin mon frère une fois achevée sa lecture de mon manuscrit. La vie passe, banale, insignifiante, et pèse pourtant à ce point sur la pensée, le caractère et l’âme qu’elle finit par leur donner une raison d’être. Oui, presque rien n’arrive dans cette histoire, mais tout y a un sens. »


 

vendredi 25 août 2023

[McCarthy, Cormac] Le passager

 




J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Le passager (The Passenger)        

Auteur : Cormac McCARTHY

Traduction : Serge CHAUVIN

Parution : en anglais (Etats-Unis) en 2022,
                  en français en
2023 (L'Olivier)

Pages : 544

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

Le corps d’une jeune fille abandonné dans la neige, l’épave d’un avion échoué au fond des eaux, un homme en fuite. Autant d’images qui illuminent le nouveau roman de Cormac McCarthy. Des rues de La Nouvelle-Orléans aux plages d’Ibiza, son héros, Bobby Western, conjugue sa mélancolie à tous les temps. Cet homme d’action est aussi un mathématicien et un physicien, deux disciplines qu’il a abandonnées après la mort de sa sœur Alicia, disparue mystérieusement dix ans plus tôt. Hanté par la culpabilité, Western trouvera-t-il enfin le repos ?

Roman noir, histoire d’une passion, Le Passager est aussi une parabole sur le déracinement de l’homme moderne. À quatre-vingt-dix ans, Cormac McCarthy nous surprend une fois de plus par son audace. Entre une conversation sur la physique quantique, un traité de la solitude et la description d’une tempête dans le golfe du Mexique, il se joue des conventions et demeure l’un des romanciers les plus singuliers de notre époque.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Cormac McCarthy est né en 1933 à Providence. Dès ses premiers livres (L'Obscurité du dehors, Actes Sud, 1991, Un enfant de Dieu, Actes Sud, 1992, Méridien de sang, 1998), il est comparé à Herman Melville, James Joyce et William Faulkner, alternant entre western métaphysique et thriller rural. On découvre en 1993 De si jolis chevaux, premier volume de La Trilogie des confins (Actes Sud). Le livre remporte le National Book Award en 1992. Les deux autres volumes, Le Grand Passage et Des villes dans la plaine, ont parus aux Éditions de l'Olivier en 1997 et en 1999. Cormac McCarthy a également publié Suttree (Actes Sud, 1994) ou encore Le Gardien du verger (1996). De si jolis chevaux a été adapté au cinéma par Billy Bob Thornton avec Matt Damon et Penelope Cruz. Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, paru en 2007 aux Éditions de l'Olivier, a été adapté au cinéma par les frères Coen. La Route a été couronné par le prix Pulitzer.

 

 

Avis :

Cormac McCarthy n’avait plus rien publié depuis l’immense succès de son post-apocalyptique La route, en 2008. Quelques mois avant sa mort, à quatre-vingt-dix ans, paraissent quasi simultanément ses deux ultimes romans, Le passager et Stella Maris : un diptyque mélancolique et crépusculaire, mettant en scène un frère et une sœur hantés par leur filiation à l’un des inventeurs de la bombe atomique.

Nous sommes en 1980. Bobby Western a tout du pauvre cow-boy taiseux qui traîne sa solitude au long de vicissitudes parfois bien fâcheuses. Ancien doctorant en physique qui a tout plaqué pour devenir un temps coureur automobile en Europe, il approche la quarantaine et, désormais plongeur professionnel, loue ses services pour toutes sortes d’explorations et de travaux en eaux profondes. Cette fois, il plonge au large de La Nouvelle-Orléans, là où un avion s’est abîmé avec ses dix passagers. Sauf qu’un cadavre manque à l’appel et que la boîte noire a disparu. Que, dans la foulée, alors que la presse reste silencieuse sur le crash, son appartement est visité, son collègue meurt, et la police comme le fisc se mettent à lui chercher noise. Alors, Bobby prend la clé des champs, fuyant avec d’autant plus d’empressement ces mystères par trop menaçants qu’ils ne font que s’ajouter au poids d’un passé aux allures de malédiction.

En effet, à mesure que la narration progresse sans jamais éclaircir les événements qui s’accumulent, irrémédiablement opaques, l’on réalise bientôt qu’un trouble climat de culpabilité familiale flotte sur la narration comme un nuage radioactif. Un amour interdit liait Bobby à sa jeune sœur Alicia, précoce génie des mathématiques atteinte de schizophrénie paranoïde dont il apparaît que ce sont ses hallucinations qui ouvrent chaque chapitre en si étranges et déroutants passages en italique. Alicia s’est suicidée dix ans plus tôt et son fantôme n’en finit pas de hanter son frère. Tout comme les sinistres ombres laissées en héritage par leur père physicien, contributeur au développement de la bombe nucléaire.

« Western était pleinement conscient qu’il devait son existence à Adolf Hitler. Que les forces historiques qui avaient intégré à la grande tapisserie sa vie tourmentée étaient celles d’Auschwitz et d’Hiroshima, les deux catastrophes jumelles qui avaient scellé à jamais le destin de l’Occident. » Dans son errance, Bobby ne fuit pas seulement sa propre situation, il fuit l’absurdité et la folie du monde, désaxé et en totale pertes de repères ; un monde qui a su mettre la science au service de l’horreur et de la destruction, mais pas de sa propre compréhension : « Une fois qu’une hypothèse mathématique est formalisée en une théorie, (…) on ne peut plus nourrir l’illusion qu’elle offre un réel aperçu du cœur de la réalité ». « Toute réalité est perte et toute perte est éternelle ». Et notre protagoniste dépité de citer Kant qui ne voyait dans la mécanique quantique que « tout ce qui échappe à nos facultés de connaissance », tandis qu’un de ses interlocuteurs lui déclare un jour qu’il croit « qu’on arrive au bout » et « qu’il y a des chances qu’on soit encore de ce monde pour le voir se mouiller le bout des doigts et se pencher pour dévisser le soleil. »

C’est ainsi que, mêlant une noire histoire nourrie des traumatismes de l’Amérique, entre bombes atomiques, guerre du Vietnam et assassinat de JFK, à une sorte de débat scientifique dans un contexte globalement contaminé par l’étrangeté de la folie, le célèbre écrivain nous livre un testament éperdument sombre et nihiliste, pourtant non dénué d’une certaine sérénité et d’un humour pince-sans-rire dans son désabusement : une œuvre complexe, dense, très informée, qui pourrait paraître ardue et déroutante si elle n’était si fascinante.

« Tout le bien du monde ne suffit pas à effacer une catastrophe. Seule une pire catastrophe parvient à l’effacer. »
« La vérité du monde constitue une vision si terrifiante qu’elle fait pâlir les prophéties du plus lugubre des augures que la Terre ait jamais portés. Une fois qu’on l’a admis, l’idée que tout cela sera un jour réduit en poussière et éparpillé dans le néant devient moins une prophétie qu’une promesse. » (4/5)

 

 

Citations :

Si je pense à toutes les choses que je voudrais ne jamais vivre c’est toujours des choses que j’ai déjà vécues. Et j’aurai jamais fini de les vivre. 
 

L’odeur capiteuse de la ville, une odeur de mousse et de cave, alourdissait l’air du soir. Une lune froide couleur de crâne perçait les écheveaux de nuage par-delà l’ardoise des toits. Les tuiles et les cheminées. Une sirène de bateau sur le fleuve. Les réverbères se dressaient en globes de buée et les immeubles étaient sombres et suants. Parfois la ville semblait plus ancienne que Ninive.
 

Tu crois que quand il y a une chose qui te paralyse tu peux te contenter de lui tourner le dos et oublier. Mais en fait elle ne te suit pas. Elle t’attend. Et elle t’attendra toujours. (…)
Et il y a encore quelque chose qu’on t’a déjà dit. (...) Les morts ne peuvent pas t’aimer comme tu les aimes.
 

Les vrais problèmes ne commencent dans une société que lorsque l’ennui en est devenu le signe distinctif. L’ennui peut pousser les gens les plus dociles à des extrémités qu’ils n’auraient jamais imaginées.
 

La raison d’être des particules ponctuelles, c’est que, si on y introduit un élément fâcheux – la réalité physique par exemple –, les équations ne fonctionnent plus. Si un point est dénué d’existence physique, on n’a plus qu’une position. Or une position non définie par rapport à une autre position ne saurait être exprimée. L’un des problèmes de la mécanique quantique réside forcément dans la difficulté à admettre le simple fait qu’il n’existe pas d’information en soi, qui serait indépendante du dispositif nécessaire à sa perception. Il n’y avait pas de voûte étoilée avant qu’apparaisse le premier être doté des organes sensoriels lui permettant de la contempler. Avant cela, tout n’était que noirceur et silence.
Et pourtant ça tournait.
Et pourtant. En tout cas, l’idée même des particules ponctuelles va à l’encontre du sens commun. Quelque chose existe. La vérité, c’est que nous n’avons pas de définition correcte d’une particule. En quel sens peut-on dire qu’un hadron est « composé » de quarks ? Est-ce que c’est une façon pour le réductionnisme de joindre l’acte à la parole ? Je n’en sais rien. Kant voyait dans la mécanique quantique – je cite – « tout ce qui échappe à nos facultés de connaissance ».
 
 
Les collines ondulantes et les crêtes vers l’est. Et quelque part derrière tout cela le complexe d’enrichissement de l’uranium d’Oak Ridge qui en 1943 avait mené son père de Princeton jusqu’ici où il rencontrerait la reine de beauté qu’il allait épouser. Western était pleinement conscient qu’il devait son existence à Adolf Hitler. Que les forces historiques qui avaient intégré à la grande tapisserie sa vie tourmentée étaient celles d’Auschwitz et d’Hiroshima, les deux catastrophes jumelles qui avaient scellé à jamais le destin de l’Occident.
 

Et vous ne voyez aucune antinomie entre ce que vous savez du monde et ce que vous croyez de Dieu ?
Je ne crois rien de Dieu. Je crois juste en Dieu. Kant avait tout compris quand il parlait du ciel étoilé au-dessus de soi et de la loi morale en soi. La dernière lumière que verra l’incroyant ne sera pas le soleil qui s’éteint. Ce sera Dieu qui s’éteint. Chacun naît avec la faculté de voir le miraculeux. Ne pas le voir, c’est un choix. Tu crois sa patience infinie ? Moi je crois qu’on arrive au bout. Je crois qu’il y a des chances qu’on soit encore de ce monde pour le voir se mouiller le bout des doigts et se pencher pour dévisser le soleil.
 
 
Tout le bien du monde ne suffit pas à effacer une catastrophe. Seule une pire catastrophe parvient à l’effacer. 


La vérité du monde constitue une vision si terrifiante qu’elle fait pâlir les prophéties du plus lugubre des augures que la Terre ait jamais portés. Une fois qu’on l’a admis, l’idée que tout cela sera un jour réduit en poussière et éparpillé dans le néant devient moins une prophétie qu’une promesse.


On ne peut jamais être sûr que le bonheur d’autrui ressemble au nôtre. 


C’était mon frère. Aîné. Il est mort à la guerre.
Je suis navré.
Il n’y a pas de quoi l’être. C’est lui qui a eu de la chance.
De mourir à la guerre ?
De mourir à la guerre. De mourir sans avoir cessé de croire. Oui.
De croire à quoi ?
À quoi. Comment vous dire. De croire en lui-même, un homme dans un pays qui avait pris les armes pour une cause qui était juste pour un peuple qu’il aimait et pour les aïeux de ce peuple et leur poésie et leur souffrance et leur Dieu.
J’en déduis que vous ne croyez pas à tout ça.
Non.
Vous ne croyez en rien ?
João pinça les lèvres. Il essuya le comptoir. Comment dire. Un homme croit toujours à quelque chose. Mais je ne crois pas aux fantômes. Je crois à la réalité du monde. Plus les angles sont durs et coupants plus on y croit. Le monde est ici. Il n’est pas autre part. Je ne crois pas que ça circule. Je crois que les morts restent sous terre. Je suppose qu’à une époque j’étais comme le vieux Pau. J’attendais un signe de Dieu et je ne l’ai jamais eu. Et pourtant il est resté croyant et pas moi. Il me regardait en secouant la tête. Il disait qu’une vie sans Dieu ne pouvait pas préparer à une mort sans Dieu. À ça je n’ai pas de réponse.


La miséricorde est le domaine de l’individu seul. Il y a des haines collectives, il y a des deuils collectifs. Des vengeances collectives et même des suicides collectifs. Mais il n’y a pas de pardon collectif. Il n’y a que toi.

 

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