lundi 22 juin 2020

[Chapuis, Mathilde] Nafar






J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Nafar

Auteur : Mathilde CHAPUIS

Editeur : Liana Levi

Année de parution : 2019

Pages : 160

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Une nuit d’octobre, c’est sur la rive turque du Meriç, le fleuve-frontière qui sépare l’Orient de l’Europe, qu’une mystérieuse narratrice arrête son regard. Et plus précisément sur l’homme épuisé qui, dans les buissons de ronces, se cache des soldats chargés d’empêcher les clandestins de passer du côté grec. Car celui qui s’apprête à franchir le Meriç est un nafar : un sans-droit, un migrant. Retraçant pas à pas sa périlleuse traversée, la narratrice émaille son récit d’échappées sur cette région meurtrie par l’Histoire et sur le quotidien de tous les Syriens qui, comme l’homme à la veste bleue se préparant à plonger, cherchent coûte que coûte un avenir meilleur loin de la dictature de Bachar al-Assad. Elle est celle qui témoigne des combines et des faux départs, imagine ce qu’on lui tait, partage les doutes et les espoirs.
Dans ce premier roman bouleversant d’émotion retenue, Mathilde Chapuis nous conduit au plus près des obsessions de tous ceux qui n’ont d’autre choix que l’exil.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Mathilde Chapuis est née à Belfort en 1987. Après des études de littérature à Strasbourg puis à Naples, elle sillonne la Grèce, la Turquie et le Liban avant de s’installer de 2013 à 2015 à Istanbul. Depuis 2016, elle vit à Bruxelles. Nafar, son premier roman, se nourrit d’une précieuse proximité avec des exilés syriens rencontrés en Turquie.

 

Avis :

Routarde française à l’esprit d’aventure, la narratrice de passage à Istanbul s'y éprend d'un Nafar : terme arabe signifiant « qui a tout perdu, qui n’est plus rien » et désignant les migrants. L’homme a fui la guerre en Syrie et le régime de Bachar el-Assad, et multiplie les tentatives pour passer en Europe afin de rejoindre le pays de cocagne que lui semble la Suède.

L’absence de prénoms et la seule utilisation de « je » et « tu » pour désigner la narratrice et le réfugié syrien a pour effet d’instaurer une connivence entre eux deux et aussi le lecteur, tout en gardant suffisamment d’anonymat pour donner au récit une portée générale : cet homme est un parmi tant d’autres, pris au hasard des hordes qui, tout au long de l’Histoire, ont transité sur les mêmes routes, et pour les mêmes raisons, entre l’Asie et l’Europe.

Tout le récit se trouve contenu dans une attente fiévreuse, meublée d’incessantes tentatives de départ, coûteuses, dangereuses, rarement couronnées de succès, mais toutes tendues par un espoir insensé devenu raison de vivre parce qu’il ne reste que lui pour ne pas sombrer dans le néant : néant d’un passé détruit qu’il vaut mieux oublier, néant d’un présent vidé de sa substance par la perte d’identité. Ne demeure que le rêve d’un futur idéalisé, dont seuls la narratrice et le lecteur savent la cruelle illusion.

Tout en pudeur, sans commentaire ni parti pris, le texte émeut par l’impression qu’il donne de voir errer des âmes encore inconscientes de leur presque mort, d’assister au ballet aveugle de papillons attirés par la lumière, aussi trompeuse qu’inaccessible, qui brille derrière la vitre : tant d’efforts et d’obstination pour une étape supplémentaire d’un trajet, probablement vers une autre chambre de l’enfer…

Ce livre qui suspend le temps en une parenthèse encore pleine d’espoir, entre un avant terrible et un après rêvé paradisiaque, vous laisse le coeur serré pour tous ces hommes et femmes qui, même s’ils parviennent à destination, ne seront pas au bout de leur peine… (4/5)

 

Citations :

« Nafar ». Le mot viendrait de l’arabe classique. Si c’est un nom, il aurait servi à désigner un groupe de trois à dix personnes. Si c’est un verbe, il aurait signifié quitter sa patrie pour aller vers une autre, partir au loin. Aujourd’hui, en Arabie Saoudite, il sert à nommer les travailleurs d’Inde venus fournir une main-d’œuvre peu coûteuse. Le mot s’est répandu, utilisé pour pointer celui qui est issu d’une région pauvre, contraint de travailler dans une plus riche, coupé de son berceau, perpétuellement en transit.

« J’ai de la place pour cinq nafarat, t’en as de côté ? »     
C’est dans la bouche d’un client du Café Vatan que tu as entendu pour la première fois le mot sous sa nouvelle acception.     
« Quatre seulement. Ils attendent, ils sont prêts. »     
Les passeurs utilisent le terme pour parler des prétendants à l’Europe, les nommant ainsi par paquet, comme une quelconque marchandise de contrebande.

La tulipe était la fleur préférée des sultans. Au XVIIIe siècle, l’élite ottomane convoitait les bulbes rares ; couvrir sa cour et ses jardins avec cette fleur, c’était exposer l’étendue de ses privilèges et de sa richesse. Partout représentée, tissée dans la soie, sculptée sur les vases, stylisée dans le bois, l’argent et l’or, elle est devenue l’un des symboles d’Istanbul.

 

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