vendredi 24 septembre 2021

[Godfard, Patrick] Les fêtes galantes ou les rêveries de Watteau et Verlaine

 






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Titre : Les fêtes galantes ou les rêveries
            de Watteau et Verlaine

Auteur : Patrick GODFARD

Editeur : Macenta

Parution : 2021

Pages : 176

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :    

Patrick Godfard nous entraîne délicieusement dans l'univers pictural et poétique des fêtes galantes de Watteau et de Verlaine et construit ainsi un subtil jeu de miroirs entre le peintre et le poète. 
Si son érudition sans faille les situe dans l'histoire de l'art et de la littérature, son style incomparable fait avant tout de cet ouvrage une invitation à écouter la musique de la poésie, à déceler les liens entre la musique et la peinture, à se laisser envoûter par le charme de ce théâtre de l'amour et à ressentir le mystère de mondes imaginés où les désirs sont sublimés dans des instants fugaces.
Le jeu de la commedia dell'arte associé à l'élégance de l'aristocratie se déroule dans une nature plus suggérée que décrite, qui devient l'écrin mélancolique d'une rêverie sur le marivaudage et la fatuité du divertissement. Musique et danse, couleurs et sentiments mettent en perspective ces portraits croisés de Watteau et Verlaine. 
 
"Votre âme est un paysage choisi" écrit Verlaine dès la première ligne de ses Fêtes galantes... et cette "âme" ne serait-elle pas aussi celle de Watteau, de Verlaine et la nôtre ?
 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Patrick Godfard est professeur agrégé d'histoire et a enseigné, dans le secondaire et le supérieur, en France, aux Etats-Unis, en Russie et au Japon. Il est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages, notamment Des impressionnistes aux Nabis (Editions Macenta, 2018).
 

 

Avis :

Dès sa parution en 1869, le recueil de poèmes de Verlaine, Les fêtes galantes, est apparu directement inspiré de la peinture de Watteau. Patrick Godfard s’est attaché à mettre en lumière les résonances et concordances entre ces deux œuvres que plus d’un siècle sépare.

Etayée par une solide documentation, l’analyse est érudite et experte. Elle s’ouvre d’ailleurs d’emblée sur une introduction si pointue que le néophyte risquera peut-être de s’en effaroucher un temps, un peu perdu d’entrer si vite dans le détail d’un sujet manifestement exploré avec une profondeur intellectuelle de haute volée. Heureusement, très vite, le propos devient limpide grâce à la juxtaposition parlante et judicieusement choisie des vers de Verlaine et des tableaux de Watteau qui les ont inspirés. Et c’est bientôt avec une fascination émerveillée que l’on se laisse guider par l’intelligence et la sensibilité de l’auteur, dans le jeu de répons entre le poète et le peintre.

Ainsi, peu à peu, se retrouve-t-on plongé dans une lecture croisée et extraordinairement complémentaire de Verlaine et de Watteau, l’oeuvre de l’un venant démultiplier la puissance de l’autre. Car, si les vers du poète soulignent en mots et en images musicales l’univers pictural de Watteau, les toiles du maître mettent en évidence le singulier pouvoir de suggestion et le génie poétique de Verlaine. Même s’il l’est pour moi, ce lien entre les deux artistes n’est certes pas une découverte en soi, mais l’art et la manière qu’a Patrick Godfard d’en éclairer toutes les facettes font soudain découvrir leur œuvre avec une acuité nouvelle.

Alors, lorsque le livre s’achève par les vingt-deux poèmes des Fêtes galantes de Verlaine, chacun illustré de son pendant pictural chez Watteau, c’est d’une oreille et d’un œil transformés qu’on les appréhende désormais. Un ouvrage brillant, dont il convient également de souligner la grande qualité des reproductions et de l’édition. (4/5)

 

 

Citations :

Une autre formule fit florès : « La peinture est une poésie muette et la poésie une peinture parlante. » Elle était attribuée au poète grec Simonide de Céos (env. 556-467 av. J.-C.).
 

Pour Verlaine, l’art se définit avant tout par sa puissance de suggestion, son pouvoir d’évocation, d’où la confluence remarquable dans les Fêtes galantes de la poésie, de la peinture et de la musique dans un jeu continu de correspondances où les mots sont autant de touches visuelles et sonores, autant d’« appels sensoriels ».
 

(…) Francis Magnard, dans un article du Figaro consacré aux Fêtes galantes et daté du 25 mars 1869, a défini cette nouvelle poésie par une formule laconique : « Pas de sentiments, à peine des impressions. »
 

L’apport wattesque et la révolution verlainienne consistent à ne plus dire mais à suggérer. Pour l’historien de la littérature française Victor Jeanroy-Félix, Verlaine a créé « l’école suggestive » en poésie. Cette école existait déjà en peinture. (…)
Car c’est ainsi qu ‘en effet, Verlaine « opère » : il commence par une image pour terminer sur une sensation.
Cependant la lune se lève
Et l’esquif en sa course brève
File gaîment sur l’eau qui rêve
(En bateau)
Une image, un mouvement, puis une sensation évanescente mais dont, justement, l’évanescence même fait qu’elle persiste dans la mémoire, comme un je-ne-sais-quoi qui obsède et berce.
Verlaine part d’un élément naturel défini (la lune) pour arriver à une sensation indéfinie (l’eau qui rêve), jouant évidemment sur un défini qui peut tout aussi bien être pris, dès le début, comme un « signe métaphorique » : la lune annonce le rêve.
Verlaine va du défini à l’indéfini, soit l’opposé d’un raisonnement ordinaire.
 

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