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vendredi 18 septembre 2020

[Caldwell, Erskine] Le petit arpent du Bon Dieu





J'ai aimé

 

Titre : Le petit arpent du Bon Dieu
           (God's Little Acre)

Auteur : Erskine CALDWELL

Traducteur : Maurice-Edgar COINDREAU

Parution : en anglais (Etats-Unis) en 1933,
                  en français en 1973 (Gallimard)

Pages : 288

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

«Sur la première marche de la véranda, Buck était assis, la tête penchée sur la poitrine. Le fusil était toujours par terre, là où il l'avait laissé tomber. Ty Ty fit un tour complet pour éviter de le voir.
- Du sang sur ma terre ! murmurait-il.
Devant lui, la ferme s'étendait, désolée. Les tas de sable jaune et d'argile rouge, séparés par les grands cratères rouges, le sol rouge, inculte - la terre semblait désolée. Ty Ty, à l'ombre du chêne, se sentait complètement exténué. Il n'avait plus de force dans les muscles quand il pensait à l'or enfoui dans la terre, sous sa ferme. Il ne savait pas où se trouvait l'or et comment il le pourrait extraire, maintenant que ses forces l'avaient abandonné.»

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Erskine Caldwell est né le 17 décembre 1903 à White Oak, près d'Atlanta (Georgie), où son père était pasteur. Il a fait des études aux universités de Virginie et de Pennsylvanie. Après avoir publié The Bastard (1929) et Poor Fool (1930) [Un pauvre type], deux récits, dont le second surtout donne déjà les couleurs les plus violentes de la manière de Caldwell s'apparente au genre «noir», le succès est venu avec la publication de Tobacco Road (1932) [La Route au tabac], puis de God's Little Acre (1933) [Le Petit Arpent du bon Dieu], qui firent connaître son nom à des millions de lecteurs, dans le monde entier. Il est mort le 11 avril 1987 à Paradise Valley (Arizona).

 

 

Avis :

Au début des années trente, au fin fond du Sud des Etats-Unis, en Géorgie, le vieux Ty Ty et ses fils, pris par la fièvre de l’or, passent leur temps à creuser leur terre au lieu de la cultiver. Pendant ce temps, la beauté et la sensualité des filles et des brus du patriarche enflamment désirs et jalousies…

Immersion chez les blancs pauvres du Sud américain, ceux que l’on a nommé « White trash » tant leur niveau de vie et d’éducation les renvoie à un état intermédiaire entre « la bête et l’esclave, mais sans leurs avantages respectifs » pour reprendre les termes du journaliste et producteur radio François Angelier, ce roman s’ouvre sur une note burlesque – Ty Ty n’a pas compris que l’or qu’est supposée contenir sa terre mentionne le fruit de son travail de cultivateur, et non la présence de pépites -, s’installe dans la concupiscence charnelle qui obsède ses personnages, et finit dans la cruauté de destins voués à la catastrophe par la bêtise et l’ignorance.

Avec un cynisme noir et une crudité sans fard, Erskine Caldwell nous emmène au plus crasse de la misère sociale et intellectuelle de son époque, sur un fond de crise économique qui conduit les plus démunis à la détresse absolue et au drame, en tous les cas qui semble les réduire à une quasi animalité. Aussi crétins qu’obsédés, les personnages évoquent une bande de lapins occupés à copuler tout en creusant inutilement d’innombrables terriers qui détruisent leur habitat. Si confondante est leur pauvreté, de corps comme d’esprit, que, sur le fond plus bêtes que méchants, ils finissent par en devenir somme toute attendrissants.

Rien n’est ici édulcoré et, entre son humour aussi grotesque que pathétique, sa  noirceur autant violente que désespérée, et son érotisme sordide quasi animal, il n’est guère étonnant que Caldwell vienne en tête des auteurs les plus censurés de l’histoire de la littérature américaine. Ce livre reste encore aujourd’hui profondément dérangeant. (3/5)

 

 

Citations :

Mon garçon, dit Ty Ty en secouant la tête et en faisant disparaître la liasse de billets dans sa poche, mon garçon, quand il pleut t'as qu'à te mettre à poil et laisser ta peau se charger du reste. Le meilleur imperméable que Dieu ait jamais fait, c'est encore la peau de l'homme.

Dieu nous a mis dans le corps d’animaux et il prétend que nous agissions comme des hommes. C’est pour cela que ça ne va pas. S’il nous avait faits comme nous sommes, et ne nous avait pas appelés des hommes, le plus bête d’entre nous saurait comment vivre. (…)
Dieu a fait les jolies filles et Il a fait les hommes. Il n’en fallait pas plus. Quand on se met à prendre une femme ou un homme pour soi tout seul, on est sûr de n’avoir plus que des ennuis jusqu’à la fin de ses jours.

jeudi 23 mai 2019

[Marny, Dominique] Quai de la Perle






J'ai aimé

Titre : Quai de la Perle

Auteur : Dominique MARNY

Année de parution : 2019

Editeur : Presses de la Cité

Pages : 384








 

Présentation de l'éditeur :   

1925. Dinard, sa vie balnéaire, ses casinos, sa végétation luxuriante et ses régates... Un cadre enchanteur et cosmopolite qu’affectionne Alice, qui, en quête de beauté et de modernité, décide de créer sa marque de papiers peints.
 
Au cœur des Années folles, Alice ne doit-elle pas croire en sa bonne étoile ? Stimulée par diverses rencontres artistiques, de durables amitiés et de tumultueuses amours, elle forgera son destin dans un monde où se profileront bientôt des menaces. Dominant la mer, la villa Margarita sera son plus sûr refuge en cas de fortes tempêtes.
A travers les engagements et les choix d’Alice se révèlent le charme, la notoriété et les fastes de Dinard, perle de la côte d’Emeraude…



Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Dominique Marny a publié de nombreux romans (dont La Conquérante, Les Pêcheurs de lune, Jeux de clés). Elle est aussi biographe et auteur de beaux livres
(notamment de L’Amour fou à Paris 1920-1940).
Elle a été commissaire de plusieurs expositions et préside le Comité Jean Cocteau
dont elle est la petite-nièce et auquel elle a consacré six ouvrages dont
Jean Cocteau, Le roman d’un funambule et Jean Cocteau, Archéologue de sa nuit.



Avis :

Merci à NetGalley et aux Presses de la Cité pour cette lecture.

Le Quai de la Perle se trouve à Dinard, « la Perle de la Côte d’Emeraude » qui, à la fin du 19e siècle, fut la première station balnéaire de France, fréquentée par l’aristocratie et l’élite artistique de toute l’Europe, en particulier par les Anglais. Après les souffrances de la Grande Guerre, la haute société renoue avec ses habitudes, et Dinard connaît un nouvel âge d’or pendant les Années Folles, jusqu’à ce que la Grande Dépression et la seconde guerre mondiale annoncent son déclin.

C’est dans la pleine effervescence des années vingt que s’ouvre l’histoire d’Alice, jeune femme pleine d’espérance en l’existence, dont la vie se partage entre le domicile parisien de ses parents et la maison de son oncle à Dinard, où elle passe toutes ses vacances. Alice va se lancer dans sa vie professionnelle – la création de papiers peints -, comme dans sa vie amoureuse – pas un long fleuve tranquille -, avec passion et détermination. Sa maison de Dinard, la Villa Margarita, deviendra son point d’ancrage lorsque souffleront les tempêtes de l’Histoire et de sa vie.

Si, lors d’une promenade en bord de mer, il vous est arrivé d’imaginer les habitants qui vivaient jadis dans ces somptueuses villas datant d’une époque révolue, alors Quai de la Perle vous attirera.

La narration se déroule sur un rythme enlevé, sans temps mort, et réussit à capter sans faillir l’attention du lecteur. A la curiosité pour le destin d’Alice vient s’ajouter l’intérêt pour une foule de détails piquants et authentiques, sur l’époque et le lieu : on y découvre ainsi le Dinard d’Entre-deux-guerres, mais aussi l’Art Déco et la fabrication du papier-peint. L’histoire elle-même est crédible, et si elle fait la part belle à la vie amoureuse de l’héroïne, elle ne verse jamais, ni dans la mièvrerie, ni dans un sentimentalisme excessif.

Pourtant, cette lecture agréable et pittoresque m’a laissé un léger goût de frustration, celui de « il manque un petit quelque chose ». Le style narratif, avant tout efficace et descriptif, parfois trop rapide peut-être, m’a semblé relativement froid et impersonnel. Je n’ai pas réussi à me laisser ni véritablement charmer, ni franchement emporter par l’émotion. Malgré leur caractère attachant, les personnages se sont contentés de se laisser observer à travers la vitre du temps, mais sans dévoiler leur âme.

Quai de la Perle est à mon avis une lecture plaisante et intéressante pour son cadre et ses détails historiques. Certes peut-être pas très marquante, elle restera pour moi un honnête moment de détente, ce qui est déjà très bien. (3/5)




Le coin des curieux :

Dès le milieu du 19e siècle, l’aristocratie, les personnalités politiques et les intellectuels de l’Europe entière se pressent dans la station balnéaire de Dinard, y logeant, qui dans de somptueuses villas privées, qui dans les nombreux hôtels luxueux qui y fleurissent. Après la Grande Guerre, cette haute société voit ses goûts et ses habitudes évoluer : on ne se contente plus de voir le bord de mer comme un simple cadre estival pour les mêmes mondanités que chez soi, désormais, dans un nouveau monde épris de modernité, de sport et de jazz, on découvre la mer et les activités de plein air.

Les installations hôtelières doivent alors s’adapter aux nouvelles attentes de leurs clients. Le premier projet qui influencera ensuite toute la station est le Gallic Hôtel, mentionné dans Quai de la Perle.


La construction de cet hôtel est confiée à l’architecte Marcel Oudin par Jean Hennessy, de la famille des producteurs de Cognac, propriétaire d’un terrain dominant la plage de l’Ecluse. L’établissement ouvre en 1927. 
Très art déco, il se distingue par le grand nombre de ses baies vitrées : sur la façade, avancées en gradins avec bacs à fleurs, sur le côté, fenêtres en « paravents »  avec vue sur mer. En 1930, lui est ajoutée une rotonde, abritant restaurant et terrasse, aujourd’hui devenue l’office de tourisme de Dinard. 
Pablo Picasso logera à deux reprises dans l’une des vastes chambres cossues, dont la plupart, - grande nouveauté -, sont équipées d’une salle de bain. Le personnel, lui, est logé au sous-sol, dans des chambres sans fenêtre. 
L’hôtel ferme en 1939. Il sert d’hôpital pendant l’occupation et ne rouvre jamais. Il a été converti en appartements.