samedi 29 août 2026

Critique : "Les maisons parachutées" de Didier Daeninckx | Lectures de Cannetille

 

Couverture du roman "Les maisons parachutées" de Didier Daeninckx


 

J'ai aimé

 

Titre : Les maisons parachutées

Auteur : Didier DAENINCKX

Parution : 2026 (Gallimard)

Pages : 240

Accès au livre : ISBN 9782073032218  
                           en librairie

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

En 1952, à Nevers, l’inspecteur Philippe Orbec est chargé d’une enquête qui concerne trois cadavres retrouvés dans un chantier de reconstruction. Orbec, fils d’un policier injustement abattu par la Résistance, va suivre le fil de son enquête, qui le mènera à Mauthausen, ou plus exactement à Redl-Zipf, une annexe du camp d’extermination par le travail. Les trois hommes, liés à des faussaires de grand talent, ont côtoyé à Redl-Zipf un commando juif très spécial, dont le travail consistait à fabriquer de faux billets américains et anglais destinés à déstabiliser les économies alliées. Une partie de ces billets ont circulé en France après la Libération, et Orbec se demande s’ils n’ont pas été détournés par des pseudo-résistants qui ont à cette occasion amassé des fortunes et bâti de belles résidences surnommées depuis « les maisons parachutées ».
Ce roman de Didier Daeninckx, formidablement documenté et en partie inspiré de l’histoire de sa famille, éclaire d’un jour singulier des opérations secrètes menées par les nazis à partir de camps de concentration et certains aspects méconnus de l’immédiate après-guerre, comme le rôle des savants du IIIᵉ Reich dans la reconstruction de l’aviation et dans le développement de la balistique et du nucléaire.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Né en 1949, Didier Daeninckx a publié une quarantaine de romans et recueils de nouvelles, ainsi que des ouvrages en collaboration avec des dessinateurs comme Jacques Tardi ou des photographes comme Willy Ronis. Artana ! Artana ! (2018) est son dernier roman dans la collection "Blanche" aux éditions Gallimard.

 

Avis :

Écrivain engagé connu pour ses polars politiques documentés qui revisitent des épisodes occultés ou dérangeants de l’histoire récente, Didier Daeninckx tresse son intrigue de plusieurs fils nauséabonds de l’après‑guerre. De détournements de fonds parachutés par les Alliés à la récupération discrète de scientifiques allemands au passé encombrant, en passant par la circulation de faux billets issus de l’Opération Bernhard, vaste programme nazi visant à faire produire de la monnaie contrefaite par des déportés spécialisés, son tableau peu glorieux, entaché de corruption et d’accommodements politiques, brouille la frontière entre héroïsme proclamé et compromissions bien réelles.

En 1952, l’inspecteur Philippe Orbec se retrouve chargé d’élucider la découverte de trois corps mis au jour à l’occasion d’un chantier de reconstruction à Nevers. Très vite, l’enquête prend une ampleur inattendue : les victimes semblent liées à un groupe d’hommes réquisitionnés pendant le conflit pour fabriquer, dans une annexe du camp de Mauthausen, de faux billets destinés à fragiliser les économies alliées. Cette piste plonge le policier dans un marécage de non-dits et de demi‑vérités laissant entrevoir, entre trafics et ambiguïtés, les fortunes obscures nées dans le sillage de la Libération. Tandis que certains jouissent sans encombre de cette prospérité bâtie dans l’ombre, la pilule est d’autant plus amère pour Orbec que son propre père fut, lui, exécuté en juin 1944, injustement soupçonné d’avoir détourné de l’argent parachuté.

Sans rebondissements spectaculaires, l’intrigue laisse la tension naître de la lente remontée de faits historiques restés discrets. Servant avant tout de révélateur, l’enquête policière n’a pas tant pour but de désigner des coupables que d’éclairer les omissions et les récits trompeurs qui ont infusé la mémoire collective. Apparaît une société qui se reconstruit en triant ses souvenirs, quitte à composer entre gloire et oubli, oblitérant des pans d’ombre qui n’en pèseront pas moins sur des générations.

Séduit par l’ancrage historique du roman, l’on reste toutefois frustré par une légère impression de creux, l’enquête permettant certes de pointer des pans peu connus de l’après‑guerre, mais sans qu’aucun soit approfondi. Entre une tension narrative assez molle et des révélations finalement superficielles, le roman laisse le sentiment de ne pas exploiter tout le potentiel de sa thématique. Il propose tout de même une exploration sombre et rigoureuse d’une période trouble, dont on découvre encore certaines turpitudes. (3,5/5)
 

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