samedi 5 septembre 2020

[Capote, Truman] La traversée de l'été





J'ai beaucoup aimé

 

 

Titre : La traversée de l'été
            (Summer Crossing)

Auteur : Truman CAPOTE

Traductrice : Gabrielle ROLIN

Parution : en anglais (américain) en 2005,
                  en français en 2006 (Grasset),
                  et 2008 (Livre de Poche)

Pages : 220

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Grady McNeil a dix-sept ans et l’âme passionnée. Alors que ses riches parents vont passer l’été en Europe, elle se retrouve seule dans un New York vibrant sous la canicule. Délaissant le luxe de la Cinquième Avenue, elle tombe amoureuse de Clyde, gardien de parking à Broadway. Ils s’aiment, mais de façon différente. La fierté provocante de Grady et la nonchalance de Clyde vont peu à peu les entraîner vers de dangereux précipices. Cette saison sera toute leur vie.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Abandonné à cinq ans par sa mère, le jeune Truman Capote est élevé par ses tantes à La Nouvelle Orléans. Il commence à écrire à l’âge de dix ans et publie sa première nouvelle, Miriam, à vingt ans. Il se fait connaître dès son premier roman, Les Domaines hantés, paru en 1948. Après le succès de Petit Déjeuner chez Tiffany, portrait aigre-doux d’une marginale, Capote change radicalement de style. Il consacre six années à l’écriture de De sang-froid, une enquête très réaliste tirée d’un fait divers sanglant. C’est là le manifeste du « non fiction novel » (roman de non-fiction) par l’enfant terrible de la littérature américaine. Au sommet de sa gloire, mondain, alcoolique, il est aussi célèbre pour ses propos corrosifs que pour ses livres. Son roman inachevé, Prières exaucées, offre une peinture sans fard des milieux qu’il fréquente et fait scandale avant même d’être publié. Il meurt à soixante ans, rongé par une vie d’excès.

 

 

Avis :

A l’été de ses dix-sept ans, Grady McNeil refuse d’accompagner ses parents en voyage en Europe, préférant rester seule à New York. Enfin, pas tout à fait seule, puisque la riche jeune fille fréquente en secret le modeste gardien d’un parking de Broadway. Entre la passionnée Grady et le nonchalant Clyde, l’idylle n’est pas sans nuages, et, l’été passant, le jeune couple s’achemine peu à peu vers le drame.

Premier roman écrit par Truman Capote à l’âge de dix-neuf ans, La traversée de l’été impressionne par la maturité et la finesse psychologique qu’il dénote. L’on est aussi frappé de voir germer dans cette première œuvre bien des ingrédients du futur Petit déjeuner chez Tiffany, l’auteur semblant fasciné par les parcours désespérés de personnages libres et épris d’absolu, blessés dans la poursuite de passions qui les marginalisent définitivement. Grady et Tiffany sont toutes deux de très jeunes et fragiles filles de la bourgeoisie américaine, pleines d’aspirations anticonformistes qui les prédestinent au mal de vivre, voire au drame ultime lorsque les contraintes de la réalité et de leur milieu menacent de leur couper les ailes. Ainsi, si Tiffany réussit à traîner son spleen au fil d’une existence fantasque de papillon de nuit, Grady a tout de la fureur de vivre destructrice de James Dean.

Ce livre posthume, rédigé en 1943 et retrouvé par miracle quelque soixante ans plus tard, n’avait pas été jugé digne d’être publié par son auteur. Pourtant, aussi concis et efficace que subtil et nuancé, il dévoile déjà le talent du grand écrivain que fut Truman Capote. (4/5)

 

 

Citations :

Les horloges et pendules se moquaient d’elle au passage, la criblant de messages contradictoires bien qu’elles fussent toutes arrêtées. L’une annonçait midi, une autre trois heures, une autre quatre heures dix, et ces temps morts l’engluaient, la submergeaient, comme une épaisse couche de miel.

On eût dit qu’une main se refermait peu à peu sur la bouche d’une victime et étouffait ses cris. La ville tenta de se débattre, d’arracher le bâillon qui l’asphyxiait, de se libérer du joug écrasant, mais elle n’en avait plus la force. Ce n’était plus qu’une fontaine tarie, un vestige inutile condamné à disparaître.

La chaleur ouvre le crâne de la ville, exposant au jour une cervelle blanche et des nœuds de nerfs vibrant comme les filaments des ampoules électriques. L’air se charge d’une odeur surnaturelle dont la puissance âcre imbibe les pavés, les recouvrant d’une sorte de toile d’araignée sous laquelle on imagine les battements d’un cœur.

Puisque l'on connaît le passé et que l'on vit au présent, pourquoi ne pourrions nous pas croiser l'avenir en rêve ?

On eût dit que leur point de rencontre était un bateau naviguant entre deux îles où chacun conservait sa propre vérité. En faisant un effort, il aurait pu apercevoir les rives du monde de Grady, mais son domaine à lui se perdait dans la brume.

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