mardi 24 mars 2020

[Echenoz, Jean] Vie de GĂ©rard Fulmard





Coup de coeur đź’“

 

Titre : Vie de GĂ©rard Fulmard

Auteur : Jean Echenoz

Editeur : Les Editions de Minuit

Année de parution : 2020

Pages : 240

 

 

 

 

 

 

 

PrĂ©sentation de l'Ă©diteur :   

La carrière de Gérard Fulmard n'a pas assez retenu l'attention du public. Peut-être était-il temps qu'on en dresse les grandes lignes.
Après des expériences diverses et peu couronnées de succès, Fulmard s'est retrouvé enrôlé au titre d'homme de main dans un parti politique mineur où s'aiguisent, comme partout, les complots et les passions.
Autant dire qu'il a mis les pieds dans un drame. Et croire, comme il l'a fait, qu'il est tombé là par hasard, c'est oublier que le hasard est souvent l'ignorance des causes.

 

 

Le mot de l'Ă©diteur sur l'auteur :

Jean Echenoz est né à Orange (Vaucluse) en 1947. Prix Médicis 1983 pour Cherokee. Prix Goncourt 1999 pour Je m'en vais.

 

 

Avis :

Viré de son emploi de steward, Gérard Fulmard décide de se promulguer détective privé. Sans aucune expérience, il se retrouve embarqué dans une drôle d'affaire et, à son corps défendant, devient homme de mains d'un parti politique, dans des circonstances qui ne vont cesser de lui échapper.

Quel délice que ce roman qui s'amuse à détourner les codes du polar pour nous servir une histoire riche en rebondissements burlesques, centrée sur un anti-héros bien peu armé pour affronter les pièges d'un monde politique dangereusement marécageux, et rédigée dans un style jubilatoire et sans pareil : chaque phrase est une friandise, tant le choix des mots et des formules est ciselé, le tout sur un ton où transperce la délectation de nous surprendre et de nous faire sourire. Entre l'intrigue pleine de fantaisie dont on se demande avec curiosité quelle en sera l'issue, et l'irrésistible jeu de l'écriture, aussi drôle que virtuose, l'on parvient à l'excipit avec le regret d'en avoir déjà terminé avec ce pur moment de plaisir littéraire. Coup de coeur. (5/5)

 

 

Citations :

Ă€ ses pieds, au premier plan, verticalement dĂ©limitĂ© par le ruban gris fer du pont de Bir-Hakeim et celui bistre et blanc du pont de Grenelle, horizontalement par les cordons de quais liserĂ©s d’immeubles beiges Ă  moulures et corniches, constructions galonnĂ©es de feuillus roussâtres, le foulard brun de la Seine s’Ă©coule immobilement, divisĂ© en deux pans que passemente le fil gris de l’Ă®le aux Cygnes, lĂ -dessus la tour Nelson et ses voisines couchent de longs rectangles d’ombre.
Au-delĂ  de ce cadre, la perspective urbaine a l’air d’un grand lit plus ou moins fait sur lequel s’accumule un fouillis d’Ă©toffes diverses, châles de pierre et plaids en bĂ©ton, Ă©charpes d’Ă©tages et froncis de balcons, jetĂ©s de terrasses sur camaĂŻeu froissĂ© de draps clairs, patchwork de couvertures pâles Ă  carreaux de zinc, de plomb, d’ardoise – et plus loin encore, au bord de l’horizon, la ville prend un tour portuaire sur une mer floue de banlieues Ă©tales, bornĂ©e par le donjon de l’hĂ´tel Hyatt Regency qui lui tiendrait lieu de phare.

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