mercredi 17 juillet 2019

Interview de Jean-Marc Dhainaut, à l'occasion de la sortie récente de son dernier livre : Les galeries hurlantes - 16 juillet 2019




Bonjour Jean-Marc Dhainaut. Votre dernier livre Les galeries hurlantes vient de sortir aux Editions Taurnada.



Pouvez-vous vous présenter ?
Bonjour, j’ai 45 ans. Né à Douai, je vis dans le Pas-De-Calais et travaille dans l’industrie automobile. 



Pouvez-vous décrire votre parcours ? Quand et comment vous est venue l’envie d’écrire ?

Paradoxalement, l’écriture n’a jamais été un rêve que j’aurais pu poursuivre depuis de nombreuses années. Être publié n’avait jamais été un but. Comme je le dis souvent, je me suis retrouvé presque parachuté, il y a trois ans seulement, dans le monde de l’écriture simplement en suivant mon envie d’écrire, tout simplement. Par instinct, curiosité ou intuition, je ne sais pas. 

Quelque temps plus tôt, je m’étais d’abord mis à écrire pour mes amis, ma famille. Je distribuais des rôles à chacun, puis plongeais tout le monde dans des histoires d’épouvante (oui, déjà), mais plutôt comiques. Ça plaisait beaucoup et j’ai réalisé que je pouvais aller encore plus loin. Je me suis alors mis à écrire des nouvelles fantastiques pour des concours et cela me réussissait et me faisait comprendre que je pouvais toujours aller plus loin… Jusqu’à l’écriture et la parution de mon premier roman en 2016.



Vos romans sont des thrillers fantastiques. Pourquoi cette passion pour le surnaturel ?

Je ne parlerais pas de passion, mais plutôt d’un centre d’intérêt. L’imaginaire offre un tel champ de possibilités que j’aime y plonger. Ses seules limites sont celles de notre imagination. Tout est permis ou presque. Le surnaturel provoque des sentiments très particuliers dans un roman. Il alourdit considérablement une ambiance, un contexte, il ne fait pas simplement frissonner comme pourraient le faire les meurtres d’un tueur en série dans un thriller. Tout le monde aime se faire peur, aime l’adrénaline. Même si certains se freinent, se disent « oh non, ce n’est pas pour moi ! », appréhendent par « peur d’avoir peur », leur curiosité les pousse souvent à pousser la porte de l’étrange. Et souvent, ils en ressortent bouleversés, mais surtout agréablement surpris. 

Il faut aussi savoir écouter notre curiosité, car après tout, un vilain défaut de plus ou de moins… Si le surnaturel, dans un roman fantastique, est comme un bruit faible amplifié par la nuit et fait peur, il est aussi bien plus que cela : il permet, pour qui le veut, d’écrire de très belles histoires où se mêlent tous les sentiments humains en se jouant des sens et de l’imagination du lecteur. Il est possible de faire de belles choses avec le surnaturel. Si le cinéma aime s’en servir pour « fabriquer des machines à faire sursauter », il est facile de le modeler autrement, d’aller plus loin dans l’émotion, de faire voyager l’imagination et de faire que la peur se transforme par exemple soudain en tristesse avec des moments d’émotions très forts. C’est cela qui me plaît.



Quelles sont vos sources d’inspirations et vos influences ?
Mes sources d’inspirations sont nombreuses. Je suis quelqu’un de très curieux dans la vie, j’ai exploré plusieurs domaines, parfois juste quelque temps… Le temps d’apprendre et de passer à autre chose. Et j’ai appris beaucoup. J’ai besoin de rêver. Je me suis passionné pour des choses qui me faisaient rêver, et principalement axées autour de l’Histoire : la généalogie, l’archéologie, le Moyen-Âge, etc… 

Mais la principale reste la vie, tout simplement la vie. La mienne, celle des gens autour de moi, celle de ceux que l’on croise parfois simplement d’un regard, au détour d’une rue. La vie que l’on vous raconte parfois, celle d’un collègue, d’un ami, avec parfois et même souvent son lot de drames, une anecdote entendue... Beaucoup de mes idées viennent parfois de simples anecdotes. Par exemple, le twist de La Maison bleu horizon a été déclenché par l’une d’elles que m’a un jour racontée mon cousin à propos d’un homme ayant dîné un soir dans une maison, et qui, le lendemain, s’est aperçu qu’il y avait oublié quelque chose… C’était juste une histoire qu’il m’avait racontée dix ans avant l’écriture du roman, mais qui a ressurgi au bon moment. 

Les témoignages sur les histoires de hantises m’ont aussi beaucoup intéressé. J’en ai lu beaucoup, j’en ai aussi entendu depuis tout petit dans ma famille, mais j’ai surtout eu l’occasion de discuter et de rencontrer des témoins de ce genre de phénomènes, et j’en rencontre même encore parfois : des lecteurs que je rencontre en dédicace et qui me parlent de ce qu’ils ont vécu. 

Je m’inspire beaucoup de l’Histoire tourmentée de notre bon vieux pays. Il n’y a jamais de fantômes sans tourments, après tout… Mais j’y puise avec beaucoup de respect tout en rendant hommage à sa mémoire et à celles et ceux qui l’ont écrite pour nous. Même si je n’écris pas que des histoires effrayantes, je me plais beaucoup à explorer bon nombre d’époques. 

En ce qui concerne mes influences, c’est beaucoup plus compliqué. Si j’y songe, aucun auteur ne m’a influencé. D’ailleurs, je ne lis pas de Grands Auteurs ayant pu marquer un style, un genre ou une époque. Déjà par manque de temps, mais même aussi d’envie. Mais la seule vraie source d’influence que je ne peux m’empêcher de citer à chaque fois est une vieille série télévisée : La Quatrième dimension.



Comment est né le personnage d’Alan Lambin, que l’on retrouve pour la troisième fois dans votre dernier livre ?
Alan est né de cette fascination que nous avons, parfois même inconsciente, pour une maison de n’importe quel village, abandonnée ou non, sur laquelle chacun raconte des histoires de fantômes. Il est le fruit de nos peurs d’enfants qui parfois se sont perpétuées : celles de nos monstres sous le lit ou cachés dans l’armoire, attendant que l’on éteigne la lumière pour nous tirer les couvertures. Il est né aussi de cette envie d’exposer un personnage à toutes ces peurs, à ces endroits sinistres qui nous feraient déguerpir plus vite que notre ombre. 

Il est né de mon intérêt pour les légendes bretonnes, de mon coup de cœur pour la Bretagne (que j’ai découverte il y a déjà longtemps, car j’ai ma sœur qui a la chance d’y vivre) et de la fierté que j’ai d’être du Nord. Il me fallait un personnage qui soit le mélange de tout cela : la richesse culturelle d’une mère bretonne qui a voulu lui donner le prénom d’Alan, et les valeurs et le cœur d’un père du Nord dont il porte le nom de Lambin (qui est aussi, pour le clin d’œil, celui de mon arrière-arrière-grand-mère du côté de mon père). C’est ainsi qu’est né Alan Lambin.



Les galeries hurlantes fait revivre le passé d’une cité minière du Nord de la France. Que représente ce thème pour vous ?
Il représente énormément d’émotion, mais aussi de fierté. Je suis né dans le bassin minier, j’y vis toujours. Les mineurs ont été nombreux dans ma famille. Mon grand-père maternel était mineur, ma grand-mère, son épouse, trieuse de charbon. Mon grand-père paternel est mort de la silicose après avoir travaillé dans le charbon (une cokerie), mon arrière-grand-père paternel était mineur, un oncle que j’adorais l’a été toute sa vie. 

Bref, la mine c’est aussi mon histoire. Tant de drames s’y sont produits, tant de familles meurtries. Le cousin de ma mère est mort dans ma commune le 24 mars 1969, alors que la cage d’ascenseur dans laquelle il était monté avec 4 autres mineurs, et qui ne servait qu’au charbon et au matériel, s’est écrasée. Je ne pouvais pas ne pas rendre hommage à cette page de mon histoire, de celle de ma famille, de celle de notre pays.



Vous semblez vous amuser à jouer avec les nerfs de vos lecteurs, tant la construction de votre livre est retorse et pleine de surprises. Comment vous y prenez-vous pour écrire ? Avez-vous en tête tous les méandres du récit avant de commencer, ou faites-vous évoluer l’intrigue et ses rebondissements en cours de route ?
J’écris comme j’aime lire, et comme je suis très difficile à satisfaire en lecture, je m’applique à retranscrire tout ce que je recherche moi-même dans un roman. Je déteste m’ennuyer dans un roman, sinon je l’abandonne vite. Si l’auteur n’a pas su me capturer avant les 100 premières pages, alors il me perd complètement, et c’est en ayant conscience de cela que je construis mes histoires, ses rebondissements, son intrigue. 

Lorsque je travaille sur un nouveau roman, je prends beaucoup de notes (j’ai même un petit calepin près du lit pour noter les idées qui me réveillent la nuit), je m’envois même des textos en cas d’idée subite qui peut m’arriver n’importe quand (j’ai toujours mon téléphone sur moi) et je m’envoie régulièrement par mail des sauvegardes de mes textos (en cas de perte du téléphone). J’essaie aussi de coucher toutes mes idées et de classer mes brouillons dans des classeurs (un classeur pour chaque nouveau roman). 

Je ne commence jamais l’écriture d’un roman tant que je n’en ai pas trouvé le titre. C’est peut-être bizarre, mais le titre est pour moi comme un fil conducteur. Même si parfois il m’arrive de le changer, ce qu’il m’évoque reste la même chose. 

Je sais toujours d’où je pars et là où je souhaite arriver, au milieu, j’explore au gré des pièces du puzzle qui viennent s’ajouter et que j’assemble au fur et à mesure. Je voyage dans mes manuscrits entre le début, le milieu et la fin et j’arrange comme bon me semble ou selon mes premiers retours de « bêta-lecture ». 

J’aime aussi ressentir profondément les émotions, souvent même dans les films, et je sais donc ce qui me touche et ce que je peux donc retranscrire et partager dans mes récits. Il m’arrive d’être moi-même profondément ému par ce que je suis en train d’écrire, car je visualise, je vis ce que j’écris. Et lorsque les lecteurs me disent que mon écriture est très visuelle, qu’ils se retrouvent au cœur des scènes qu’ils lisent et en ressentent toutes les émotions à travers les images que provoque leur imagination, alors je sais que j’ai réussi à transmettre ce que je voulais. Lorsque j’écris, je m’enferme dans une bulle, je vis l’histoire, plus rien n’existe autour de moi. Et si, dans cette bulle, je peux la partager avec les lecteurs, alors c’est pour moi le plus important.



Quel est votre rythme d’écriture ? Avez-vous des rituels de travail ? Comment conciliez-vous votre activité littéraire avec votre autre métier ?
J’écris lorsque j’en ai le temps et l’envie, même s’il faut parfois que je me bouscule un peu. Mais n’ayant aucun timing à respecter, j’écris à mon rythme, tout simplement. Je n’ai pas envie de me perdre dans des longueurs. Je n’ai pas envie d’écrire de gros romans. Pour l’instant, ce que je fais me convient très bien. 

Je n’ai pas vraiment de rituel, mais j’adore écrire l’hiver, lorsque le temps est agité, que je suis dans mon canapé avec le chien, le chat, et le bois qui flambe dans la cheminée avec un bon chocolat chaud. Là, tout devient limpide dans mon imagination, je suis « en contexte », en « condition ». Parfois, lorsque j’aborde un moment particulier où je souhaite bouleverser le lecteur, l’émouvoir, j’écoute une musique douce qui va m’aider à faire jaillir ce dont j’ai besoin. Sinon, il me faut le calme. 

Ce n’est pas toujours facile avec mon travail en horaires postés. La fatigue m’empêche souvent d’écrire alors que j’en ai pourtant le temps. Alors ce temps, je me l’aménage comme je peux. Le plus pénible reste les très nombreuses relectures au fil des arrangements. Mais je ne travaille jamais sur plusieurs romans en même temps, je ne voudrais certainement pas risquer de me disperser.



Quelles sont les réactions de votre entourage face à vos publications ? Sont-ils surpris de votre imagination ?
Oui, dans mon entourage, les gens sont surpris. Peut-être même que certains y ont cru plus que moi. Mais finalement ils font aussi partie de mes aventures puisque je fais lire mes manuscrits à mes parents, ma sœur, quelques amis, avant de les envoyer à mon éditeur. J’ai ainsi mon « petit comité de lecture », comme je l’appelle. Une quinzaine de personnes, pas plus. Leur avis compte beaucoup pour moi. Enfin, je leur propose, ma démarche reste volontaire. Mais je demande un avis sincère, objectif, constructif. Des avis de complaisances ne m’aideraient en aucune manière. Si on n’accroche pas, je tiens à ce qu’on me le dise (en développant pour que je puisse bien prendre en compte les remarques). 

Je pense qu’ils sont fiers, surpris, mais fiers. Mais je n’ai jamais fait cela pour que l’on soit fier de moi ou pour prouver quoi que ce soit à qui que ce soit, pas même à moi-même. Je suis ma route, c’est tout, et je me satisfais du présent puisque de toute façon personne ne sait de quoi demain sera fait. Je pense aussi beaucoup à ma grand-mère paternelle, qui de là-haut, sourit peut-être lorsqu’elle me voit écrire. D’un sourire bienveillant, continuant d’espérer le meilleur pour moi. Je l’ai toujours entendu dire avec tendresse, depuis mes plus vieux souvenirs d’enfant, que l’on ferait quelque chose de moi.



Avez-vous d’autres projets d’écriture ? Retrouvera-t-on à nouveau Alan Lambin ?
Oui, j’ai d’autres idées dans le coin de la tête, et je commence à travailler sur un nouveau roman frissonnant, qui pourrait bien nous emmener, si tout se passe bien, quelque part dans une forêt mystérieuse et bien connue… 

Mais d’ici là, j’ai deux autres projets qui sont déjà terminés et signés chez ma maison d’édition, dont un qui parle d’un certain Alan Lambin… Et d’un corbeau noir qui pourrait bien revenir lui tourner autour, comme il l’avait fait dans La Maison bleu horizon… Mais chut, cela reste entre nous.



Merci Jean-Marc Dhainaut d'avoir répondu à mes questions. 
(Interview de Cannetille le 16 Juillet 2019) 

Vous pouvez retrouver Jean-Marc Dhainaut:
- sur son site
- ainsi que sur celui des Editions Taurnada.


Ma chronique des Galeries hurlantes est accessible ici. 


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