vendredi 29 mai 2020

[Maudet, Jean-Baptiste] Matador Yankee







J'ai aimé

 

Titre : Matador Yankee

Auteur : Jean-Baptiste MAUDET

Parution : 2019 chez Le Passage

Pages : 192

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Harper aurait pu avoir une autre vie. Il a grandi à la frontière, entre deux mondes. Il n'est pas tout à fait un torero raté. Il n'est pas complètement cowboy. Il n'a jamais vraiment gagné gros, et il n'est peut-être pas non plus le fils de Robert Redford. Il aurait pu aussi ne pas accepter d'y aller, là-bas, dans les montagnes de la Sierra Madre, combattre des vaches qui ressemblent aux paysans qui les élèvent. Et tout ça, pour une dette de jeu.
Maintenant, il n'a plus le choix. Harper doit retrouver Magdalena, la fille du maire du village, perdue dans les bas-fonds de Tijuana. Et il ira jusqu'au bout. Parfois, se dit-il, mieux vaut se laisser glisser dans l'espace sans aucun contrôle sur le monde alentour...
Alors les arènes brûlent. Les pick-up s'épuisent sur la route. Et l'or californien ressurgit de la boue.
Avec Matador Yankee, sur les traces de son héros John Harper, Jean-Baptiste Maudet entraîne le lecteur dans un road trip aux odeurs capiteuses, aux couleurs saturées, où les fantômes de l'histoire et du cinéma se confondent. Les vertèbres de l'Amérique craquent sans se désarticuler.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

Jean-Baptiste Maudet est géographe. Il enseigne à l’université de Pau.  En 2019, il publie Matador Yankee, son premier roman, qui a obtenu le Prix Orange du Livre 2019.

 

 

Avis :

La carrière autrefois prometteuse du matador américain John Harper s’est effilochée dans la poussière des arènes mexicaines, entre alcool, dettes de jeu et fréquentations douteuses. L’une d’elles va l’entraîner bien plus loin qu’escompté, à la recherche d’une fille perdue dans les bas-fonds de Tijuana.

S’amusant à entrelacer les pastiches cinématographiques en une étonnante combinaison aussi nostalgique que burlesque, l’auteur nous entraîne dans un récit d’aventure où se mêlent les codes du western, du road trip et du film d’action : images et ambiances y sont soigneusement étudiées, et, restituées avec un grand souci visuel et filmique, prennent clairement le pas sur le réalisme, somme toute assez souvent fantaisiste, de l’histoire.

Mélange des genres, le récit se construit aussi sur la confrontation de deux mondes, cristallisée en la personne de Harper : tantôt Juan, tantôt John, cet Américain blond né aux Etats-Unis de mère immigrée mexicaine, a choisi un métier bien plus prisé au sud qu’au nord de la frontière. Pendant que sa mère trime la peur au ventre pour parvenir à s’incruster en Californie, lui n’est au Mexique que « Mr Gringo Torero » qui, à chaque corrida, risque sa vie pour un public dont le coeur bat presque plus pour ses vaches que pour lui.

L’écriture est agréable et bien tournée, pourtant, il m’a manqué juste assez de plaisir de lecture pour ne pas parvenir à m’y absorber totalement : faute de partager la même fascination pour le cinéma hollywoodien, je ne me suis sentie que secondairement intéressée par le jeu des pastiches et suis restée sur ma faim d’une histoire plus réaliste, dans un Mexique par ailleurs admirablement rendu. Quoi qu’il en soit, ce premier roman démontre le talent littéraire de Jean-Baptiste Maudet, dont j’attendrai avec curiosité le prochain ouvrage. (3/5)

 

 

Citations :

La ville de Hermosillo brillait dans le soir, les néons colorés, les lumières aux fenêtres, les écrans des télévisions qui papillotaient, les rivières de phares sillonnant les banlieues, puis l’obscurité tombante qui recentrait peu à peu la vie intérieure des passagers sur le miroir des vitres. Le bus prenait de la hauteur sur la ville pour bientôt ne plus laisser pâlir qu’un rougeoiement lointain déjà percé par des étoiles. Le bus grimpait, se retournait sur lui-même à chaque virage pour s’enfoncer dans les montagnes. Il n’y avait plus de place mais des familles entières continuaient à monter dans la nuit et s’entassaient avec leurs bagages qui leur servaient de couche. Ana s’était endormie et murmurait dans son sommeil. Chacun se réveillait, regardait la lune, chacun pensait à sa vie, mobile et immobile. Un homme dessinait avec son doigt un trou plus sombre sur la condensation des vitres, duquel ruisselait un filet d’eau fragile. Le fleuve grossissait dès qu’il croisait des gouttes. Dehors tout était noir, on apercevait parfois la blancheur d’un sommet, on s’y accrochait aussi longtemps que possible et rien ne prévenait de sa disparition soudaine, masqué par un autre relief, noir à nouveau, puis scintillant plus loin, sans que l’on sache s’il s’agissait du même ou d’un autre ou si les yeux s’étaient fermés sur les taches d’un rêve.

Pour la mère de Harper, il n’était pas envisageable de repasser du côté du Mexique, ni même de s’approcher de la frontière, quelle qu’en soit la raison. Des décennies après son arrivée, elle en faisait encore des cauchemars. Elle ne voulait plus que cette frontière existe dans aucun de ses souvenirs et les nombreux reportages à la télévision qui montraient des migrants traqués par les patrouilles lui donnaient immanquablement l’envie de boire un grand verre d’eau pour se laver. Elle avait tellement souffert qu’elle ne se sentait plus solidaire de rien ni de quiconque. Sa vie était faite de cuisines suréquipées, de pelouses bien vertes et de servitude feutrée. Elle ne résidait pas dans la banlieue cossue, mais elle avait l’honneur d’y travailler et vivait avec les siens dans le modeste quartier de Chino. Sa maison n’était pas grande, les rues n’étaient pas toujours bien fréquentées, mais les choses semblaient s’arranger avec le temps.

La deuxième vache était plus ronde et plus aristocratique. Elle sortit lentement du toril en marchant tel un cerf indolent plombé de grosses fesses.

Les lumières de la nuit éclairaient le vêtement de Magdalena qui devenait bleu ciel, puis vert émeraude, puis jaune safran, puis rouge sang, puis blanc à nouveau. L’étoffe ne tenait plus sur son corps que par le miracle de sa silhouette et la main d’Antonio sans laquelle sa robe serait tombée.

La jeune République mexicaine à peine libérée de la tutelle espagnole n’avait pas pesé lourd face à l’arrivée des Américains. Cette « intervention », que les Mexicains eux-mêmes n’osaient pas appeler une guerre, les avait pourtant dépouillés d’un tiers de leur territoire. La Californie, l’Arizona, une partie du Nevada, de l’Utah, du Wyoming, le Nouveau-Mexique, le Texas avaient bien été mexicains avant que les Étasuniens ne s’en emparent.

 

 

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