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Titre : Nexus
Auteur : Yuval Noah HARARI
Traduction : Daniel FAUQUEMBERG
Parution : en anglais (Etats-Unis) et
en français (Albin Michel) en 2024
Pages : 576
Présentation de l'éditeur :
Depuis cent mille ans, nous, les Sapiens, avons acquis un
gigantesque pouvoir. Mais malgré nos découvertes, inventions et
conquêtes, nous sommes aujourd’hui confrontés à une crise existentielle
inédite. Le monde est au bord de l’effondrement écologique. Les tensions
politiques se multiplient. La désinformation abonde. Et nous entrons de
plain-pied dans l’ère de l’IA, un réseau d’information qui sera bientôt
capable de nous dominer.
Avec ce nouvel ouvrage, Yuval Noah Harari, l’auteur du best-seller mondial Sapiens, revisite l’histoire de l’humanité pour comprendre comment les réseaux d’information ont fait et défait notre monde. Il aborde les choix cruciaux auxquels nous sommes - et serons - confrontés, au moment où l’IA révolutionne la médecine, la guerre, les démocraties, et menace notre existence même.
Nexus est un livre capital pour comprendre comment, en faisant des choix éclairés, il nous est encore possible d’empêcher le pire.
Le mot de l'éditeur sur l'auteur :
Yuval Noah Harari est docteur en Histoire, diplômé de
l’Université d’Oxford. Aujourd’hui, il enseigne dans le département
d’Histoire de l’université hébraïque de Jérusalem et a remporté le «
prix Polonsky pour la Créativité et l’Originalité » en 2009 et en 2012.
Ses ouvrages Sapiens, Homo Deus et 21 Leçons pour le XXIe siècle sont des phénomènes internationaux qui cumulent 25 millions de ventes dans 50 pays.
Avis :
Yuval Noah Harari, historien israélien et professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, s’est imposé comme l’un des penseurs contemporains les plus influents grâce à Sapiens, Homo Deus et 21 leçons pour le XXIᵉ siècle. Son oeuvre explore la manière dont les récits, les technologies et les structures symboliques façonnent l’humanité. Nexus s’inscrit dans cette continuité : il propose une synthèse ambitieuse de l’histoire des réseaux d’information, depuis les premiers langages humains jusqu’à l’intelligence artificielle, et interroge la manière dont ces réseaux déterminent nos sociétés, nos croyances et nos futurs possibles.
Le livre retrace l’évolution des systèmes d’information qui ont permis aux humains de coopérer à grande échelle. L’auteur montre d’abord comment les premiers réseaux – langage, mythes, rituels – ont permis aux groupes humains de dépasser les limites biologiques de la communication animale. L’écriture, puis les bureaucraties, les religions et les empires ont ensuite créé des infrastructures informationnelles capables de stabiliser des sociétés complexes. Il insiste sur le rôle des « fictions partagées » – argent, lois, nations, dieux – qui n’existent que parce que nous y croyons collectivement, mais structurent profondément nos comportements.
La seconde partie du livre explore la révolution moderne : imprimerie, médias de masse, Internet, plateformes numériques. Yuval Noah Harari montre comment chaque innovation a transformé la circulation de l’information, redistribué le pouvoir et modifié la manière dont les humains se représentent le monde. Il analyse en particulier la montée des algorithmes et de l’IA comme une rupture majeure : pour la première fois, des systèmes non humains produisent, filtrent et interprètent l’information à une échelle qui dépasse les capacités humaines. Cela ouvre la voie à de nouvelles formes de contrôle, de manipulation et de dépendance, mais aussi à des possibilités inédites de coordination et de création. Le livre se conclut sur une interrogation : dans un monde où les réseaux d’information deviennent autonomes, quelle place reste-t-il pour la liberté humaine, la démocratie et la responsabilité collective ?
Ouvrage des plus structurés et pédagogiques, Nexus relie des phénomènes très éloignés – mythologie antique, bureaucratie impériale, réseaux sociaux, intelligence artificielle – en un récit remarquablement cohérent. Il propose une vision panoramique qui met en lumière la continuité entre les systèmes d’information du passé et ceux du présent. Yuval Noah Harari excelle à rendre intelligibles des notions complexes, et son approche résolument interdisciplinaire – mêlant histoire, anthropologie, technologie et philosophie – confère à son propos une réelle profondeur.
Mais cette ambition synthétique a aussi ses limites. En privilégiant les grandes lignes au détriment des nuances historiques, Yuval Noah Harari tend à lisser des phénomènes pourtant hétérogènes et à reconduire certains schématismes déjà présents dans ses ouvrages précédents. Son insistance sur les « fictions » comme moteur principal des sociétés humaines, si efficace pour structurer son récit, peut parfois minimiser le rôle des dynamiques matérielles, économiques ou institutionnelles. Quant à sa réflexion sur l’IA, très centrée sur les risques de manipulation, de captation de l'attention et de perte de contrôle démocratique, elle apparaît moins novatrice pour un lecteur familier des travaux récents sur le sujet – notamment Cyberpunk d’Asma Mhalla ou L’Empire de l’ombre de Giuliano da Empoli, qui proposent des analyses plus incisives ou plus originales des architectures de pouvoir numériques.
Nexus s’inscrit enfin dans une longue tradition de réflexion sur les médias et l’information, héritière de Marshall McLuhan – « le médium est le message » –, de Manuel Castells – la « société en réseaux » – ou encore de Benedict Anderson – les « communautés imaginées ». Yuval Noah Harari reprend ces intuitions mais les étend à l’ensemble de l’histoire humaine, en montrant que les réseaux d’information ne sont pas un phénomène moderne mais une constante anthropologique. Le livre dialogue aussi avec les débats contemporains sur l’IA, la désinformation, la gouvernance algorithmique et la fragilité des démocraties. En ce sens, Nexus peut être lu comme une tentative de fournir un cadre conceptuel global pour comprendre notre époque : un monde où la bataille pour le contrôle de l’information est devenue la bataille pour le contrôle du réel.
En définitive, Nexus prolonge les grandes intuitions de Yuval Noah Harari tout en leur donnant un cadre plus systématique : celui d’une histoire longue des réseaux d’information qui façonnent les sociétés humaines. S’il ne renouvelle pas entièrement les thèses de l’auteur et laisse parfois de côté la complexité des contextes historiques ou matériels, il offre néanmoins une synthèse ample, accessible et stimulante, qui éclaire d’un jour nouveau les enjeux contemporains liés à la circulation, au contrôle et à la production de l’information. À ce titre, le livre s’impose moins comme une rupture que comme un outil conceptuel utile pour penser un monde où la maîtrise des flux informationnels conditionne de plus en plus la maîtrise du politique, du social et du réel lui‑même. Une sorte d’encyclopédie, riche en exemples et en illustrations – mais aussi un peu indigeste – pour se construire un premier panorama sur le sujet avant d’aller l’explorer plus finement auprès de vrais spécialistes. (3,5/5)
Le livre retrace l’évolution des systèmes d’information qui ont permis aux humains de coopérer à grande échelle. L’auteur montre d’abord comment les premiers réseaux – langage, mythes, rituels – ont permis aux groupes humains de dépasser les limites biologiques de la communication animale. L’écriture, puis les bureaucraties, les religions et les empires ont ensuite créé des infrastructures informationnelles capables de stabiliser des sociétés complexes. Il insiste sur le rôle des « fictions partagées » – argent, lois, nations, dieux – qui n’existent que parce que nous y croyons collectivement, mais structurent profondément nos comportements.
La seconde partie du livre explore la révolution moderne : imprimerie, médias de masse, Internet, plateformes numériques. Yuval Noah Harari montre comment chaque innovation a transformé la circulation de l’information, redistribué le pouvoir et modifié la manière dont les humains se représentent le monde. Il analyse en particulier la montée des algorithmes et de l’IA comme une rupture majeure : pour la première fois, des systèmes non humains produisent, filtrent et interprètent l’information à une échelle qui dépasse les capacités humaines. Cela ouvre la voie à de nouvelles formes de contrôle, de manipulation et de dépendance, mais aussi à des possibilités inédites de coordination et de création. Le livre se conclut sur une interrogation : dans un monde où les réseaux d’information deviennent autonomes, quelle place reste-t-il pour la liberté humaine, la démocratie et la responsabilité collective ?
Ouvrage des plus structurés et pédagogiques, Nexus relie des phénomènes très éloignés – mythologie antique, bureaucratie impériale, réseaux sociaux, intelligence artificielle – en un récit remarquablement cohérent. Il propose une vision panoramique qui met en lumière la continuité entre les systèmes d’information du passé et ceux du présent. Yuval Noah Harari excelle à rendre intelligibles des notions complexes, et son approche résolument interdisciplinaire – mêlant histoire, anthropologie, technologie et philosophie – confère à son propos une réelle profondeur.
Mais cette ambition synthétique a aussi ses limites. En privilégiant les grandes lignes au détriment des nuances historiques, Yuval Noah Harari tend à lisser des phénomènes pourtant hétérogènes et à reconduire certains schématismes déjà présents dans ses ouvrages précédents. Son insistance sur les « fictions » comme moteur principal des sociétés humaines, si efficace pour structurer son récit, peut parfois minimiser le rôle des dynamiques matérielles, économiques ou institutionnelles. Quant à sa réflexion sur l’IA, très centrée sur les risques de manipulation, de captation de l'attention et de perte de contrôle démocratique, elle apparaît moins novatrice pour un lecteur familier des travaux récents sur le sujet – notamment Cyberpunk d’Asma Mhalla ou L’Empire de l’ombre de Giuliano da Empoli, qui proposent des analyses plus incisives ou plus originales des architectures de pouvoir numériques.
Nexus s’inscrit enfin dans une longue tradition de réflexion sur les médias et l’information, héritière de Marshall McLuhan – « le médium est le message » –, de Manuel Castells – la « société en réseaux » – ou encore de Benedict Anderson – les « communautés imaginées ». Yuval Noah Harari reprend ces intuitions mais les étend à l’ensemble de l’histoire humaine, en montrant que les réseaux d’information ne sont pas un phénomène moderne mais une constante anthropologique. Le livre dialogue aussi avec les débats contemporains sur l’IA, la désinformation, la gouvernance algorithmique et la fragilité des démocraties. En ce sens, Nexus peut être lu comme une tentative de fournir un cadre conceptuel global pour comprendre notre époque : un monde où la bataille pour le contrôle de l’information est devenue la bataille pour le contrôle du réel.
En définitive, Nexus prolonge les grandes intuitions de Yuval Noah Harari tout en leur donnant un cadre plus systématique : celui d’une histoire longue des réseaux d’information qui façonnent les sociétés humaines. S’il ne renouvelle pas entièrement les thèses de l’auteur et laisse parfois de côté la complexité des contextes historiques ou matériels, il offre néanmoins une synthèse ample, accessible et stimulante, qui éclaire d’un jour nouveau les enjeux contemporains liés à la circulation, au contrôle et à la production de l’information. À ce titre, le livre s’impose moins comme une rupture que comme un outil conceptuel utile pour penser un monde où la maîtrise des flux informationnels conditionne de plus en plus la maîtrise du politique, du social et du réel lui‑même. Une sorte d’encyclopédie, riche en exemples et en illustrations – mais aussi un peu indigeste – pour se construire un premier panorama sur le sujet avant d’aller l’explorer plus finement auprès de vrais spécialistes. (3,5/5)

Une critique belle et généreuse, Nadine, d'un livre qui m'a moins plu. J'ai eu l'impression de voir à l'oeuvre un homme qui veut tout expliquer avec deux ou trois notions. Un batisseur de système, démuni et fiévreux.
RépondreSupprimerMerci pour ce retour, il me parle d’autant plus que Nexus peut effectivement donner cette impression : l'auteur a une tendance assumée à ramener des phénomènes très différents à quelques principes directeurs, et cela peut séduire autant que fatiguer. C’est un bâtisseur de systèmes, oui, parfois au risque de la simplification ou de la répétition.
SupprimerPour ma part, j’ai essayé de prendre le livre pour ce qu’il est : une grande fresque synthétique, très pédagogique, qui offre un premier cadre de compréhension plutôt qu’une analyse fine ou novatrice. On peut rester sur sa faim, surtout si l’on connaît déjà bien ces sujets, mais je trouve que l’ensemble garde une certaine force d’exposition.
Bref, je comprends tout à fait votre impression — et c’est aussi ce qui rend la discussion autour de ce livre intéressante.