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vendredi 1 novembre 2024

[Levison, Iain] Les stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques

 

 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : Les stripteaseuses ont toujours
            besoin de conseils juridiques
            (The Whistleblower)

Auteur : Iain LEVISON

Traduction : Emmanuelle et Philippe
                      ARONSON

Parution : en anglais (Etats-Unis) et
                  en français en 2024 (Liana Lévi)

Pages : 272

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur : 

Mille dollars de l’heure. Un tarif qui ne se refuse pas quand on est avocat commis d’office obligé de passer ses journées, dimanches compris, à plancher sur les dossiers attristants de petits malfaiteurs sans envergure. Puis à négocier des peines avec un procureur plus puissant que soi mais tellement moins compétent. Alors Justin Sykes, lassé par ce quotidien déprimant, accepte pour ce tarif de se mettre un soir par semaine au service des filles d’un gentlemen’s club et de passer la nuit dans le motel d’en face. Sans trop chercher à comprendre. Parce que, c’est bien connu, les stripteaseuses ont toujours besoin de conseils juridiques.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :   

Iain Levison, né en Écosse en 1963, a grandi aux États-Unis. Avec son premier livre, Un petit boulot, il rencontre un succès immédiat en France. Critiques drôles et cinglantes de la société américaine, trois de ses romans ont été adaptés au cinéma.

 

 

Avis:   

« Ça fait onze ans que j’essaie de sauver le monde, et le monde continue de courir à sa perte. » Las et désabusé, l’avocat commis d’office Justin Sykes n’en poursuit pas moins, en Sisyphe dévoué, sa désespérante défense de la veuve et de l’orphelin, lorsqu’on lui propose mille dollars de l’heure pour donner des conseils juridiques aux stripteaseuses du Kittie Gentleman’s Club, une boîte minable de la banlieue de Philadelphie. L’affaire a beau paraître louche, notre homme et narrateur, si lucide dans son humour noir quant aux travers de la justice américaine, se laisse naïvement embarquer dans cet inattendu et lucratif à-côté.

Bien sûr, ses ennuis ne font que commencer. Et tandis qu’il continue à se démener avec sa pile de dossiers, riant jaune des injustes absurdités de la machine judiciaire américaine quand les peines souvent se négocient, sans procès, entre avocat et procureur, un procureur élu et tenu de faire campagne, par conséquent largement plus politique que compétent, la balance de la justice penchant toujours de toute façon du côté du pouvoir et de l’argent pourvu qu’elle respecte cette « seule et unique règle incontournable : l’injustice ne peut être flagrante », Sykes se retrouve confronté au monde de la grande criminalité, de ses accointances jusqu’au coeur de l’appareil judiciaire et au risque de se retrouver lui-même l’une de ces causes perdues dont il se fait habituellement le défenseur. Heureusement, le personnage a de la ressource et de la chance, et, entre frisson et sourire chez le lecteur, saura jongler en maître avec les pièces dont il dispose dans ce consternant jeu de dupes.

Entré dans l’écriture avec le récit ironique des petits boulots de ses débuts, Iain Levison n’a depuis cessé, usant de la dynamique du polar et d’un humour noir fabuleusement caustique, de dénoncer dans ses romans les réalités politiques et sociales aux Etats-Unis. Après la précarité et la relégation de toute une partie de la population américaine, après les dysfonctionnements de l’armée et du système politique, c’est cette fois l’échec de la justice qui fait ici l’objet d’une charge férocement satirique. 
 
Comme toujours chez cet auteur, c’est original, fantaisiste et facétieux, mais surtout, dans cette distanciation moqueuse qui ne se prend pas au sérieux, cela envoie mine de rien du bois pour un portrait sans concession d’une Amérique en pleine faillite démocratique. (4/5)

 

 

Citations :

Les pauvres sont beaux aussi ; ça dure moins longtemps, c’est tout.

Quand on décrit ses propres méfaits, si on raconte suffisamment de fois l’histoire, on finit par en devenir un innocent témoin.

 

 

Du même auteur sur ce blog :

 
 

 


 

 

jeudi 6 juin 2024

[Tadjer, Akli] De ruines et de gloire

 



 

J'ai beaucoup aimé

 

Titre : De ruines et de gloire

Auteur : Akli TADJER

Parution : 2024 (Les Escales)

Pages : 336

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

La guerre d’Algérie à travers le regard d'un jeune avocat contraint de défendre l’« ennemi ».
 
Algérie. Mars 1962. Malgré le cessez-le-feu décrété par de Gaulle, les affrontements entre tenants de l’Algérie française et indépendantistes du FLN se poursuivent. La panique est générale ; la suspicion, omniprésente. Adam El Hachemi Aït Amar, jeune avocat, rêve de mettre ses compétences au service de l’Algérie libre, mais lorsqu’on lui confie la défense d’Émilienne Postorino, activiste en faveur de l’Algérie française, il se trouve confronté à une situation délicate : défendre l’ennemi et tout ce contre quoi il s’est engagé.

Sous la plume éminemment romanesque d’Akli Tadjer, c’est toute la complexité d’une époque et d’un pays en plein chaos, mais aussi de la psyché humaine, qui prend vie. De ruines et de gloire est un roman puissant, aux résonances très contemporaines.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Akli Tadjer est l’auteur de nombreux romans, traduits à l’étranger, dont trois, Les ANI du Tassili, Le Porteur de cartable et Il était une fois… peut-être pas, ont été adaptés à la télévision. La Reine du tango (JC Lattès, 2016) a reçu le prix Nice Baie des Anges et D’amour et de guerre le Grand Prix du Roman Métis 2021. De ruines et de gloire est son troisième roman publié aux Escales.

 

Avis :

Troisième et dernier volet d’une saga relatant le parcours d’une famille Kabyle de 1939 à 1962, ce roman nous plonge, pendant les derniers mois de la guerre d’indépendance, dans une Algérie sur le point de tourner la page du colonialisme.

Mars 1962. Les accords d’Evian aboutissant à un cessez-le-feu n’ont pas été signés depuis huit jours qu’éclate la fusillade de la rue d’Isly. Tournant à la panique pour une raison indéterminée, une manifestation de civils favorables à l’Algérie française est mitraillée par des soldats tricolores. Des dizaines de morts et deux centaines de blessés tombent sur le pavé d’Alger. A son grand désarroi, l’avocat frais émoulu Adam El Hachemi Aït Amar, tout entier à ses idéaux d’une Algérie indépendante rassemblant démocratiquement habitants de souche et immigrés français, se voit confier la défense d’Emilienne Postorino, une fervente partisane de l’Algérie française, accusée d’avoir déclenché la panique et le massacre en tirant la première.

Ajouté à la perspective quasi certaine de l’indépendance – un référendum d’autodétermination doit avoir lieu dans trois mois –, cet épisode qui, entre attentats de l’OAS et du FLN, enlèvements et assassinats, vient renchérir sur le climat de violence, précipite l’exode massif de ceux que l’on appellera pieds-noirs et harkis. C’est donc dans un contexte plus que jamais tourmenté qu’Adam, déchiré entre convictions personnelles, éthique professionnelle et inquiétude pour son père vaquant à de mystérieuses affaires dans sa campagne, doit décider quel parti adopter.

« Il y a trois sortes d’avocats : ceux qui se soumettent aux lois, au-dessus ceux qui les refusent, au-delà ceux qui s’en imposent. Débrouillez-vous avec ça, mon cher confrère. Pardon, j’en oublie une, les avocats hors-la-loi, ceux qui n’écoutent que la loi de leur cœur. » Pour notre personnage capable de se garder de tout manichéisme dans un environnement pourtant dramatiquement clivé, ce sera donc la voie du coeur, sans haine et avec la prise de recul autorisant une pondération lucide et douce-amère. Lui qui a dû fuir Paris pour échapper à la conscription ne sait que trop ce que déracinement veut dire et saura reconnaître aussi bien les torts et travers réciproques que l’intensité des drames vécus de part et d’autre.

Immersif et rythmé, le récit très cinématographique embarque efficacement le lecteur dans ses péripéties historiques. Et même si les épisodes relatifs au père finissent, dans leur improbable conclusion, par verser dans l’outrance mélodramatique, l’on se laisse volontiers séduire par cette histoire si bien contée qui sait avec intelligence et empathie souligner responsabilités et souffrances de chaque camp. A noter qu’il n’est pas besoin d’avoir lu les précédents tomes de la saga pour apprécier celui-ci. (4/5)

 

Citations :

— Je suis avocat depuis vingt minutes et j’aimerais que vous me donniez des conseils, maître. Enfin, un seul suffira.
Il avait plissé ses yeux jusqu’à ce qu’ils ne forment plus qu’un trait et je l’avais écouté.
— Il y a trois sortes d’avocats : ceux qui se soumettent aux lois, au-dessus ceux qui les refusent, au-delà ceux qui s’en imposent. Débrouillez-vous avec ça, mon cher confrère. Pardon, j’en oublie une, les avocats hors-la-loi, ceux qui n’écoutent que la loi de leur cœur.
 

Une société civilisée doit-elle faire mourir un condamné ?
Du plus profond de mon âme, j’ai la conviction, depuis ma lecture du Dernier Jour d’un condamné, qu’elle n’en a pas le droit moral. Ce n’est ni du laxisme ni de la faiblesse que de penser qu’une horreur ne saurait en faire taire une autre, ni de la lâcheté que de mettre sur le même plan le crime du condamné et celui commis par des hommes de loi au nom du peuple.
Demain et les jours à venir, des têtes tomberont encore dans ce panier en bois noirci de sang séché. Aujourd’hui, je sais qu’il est vain et naïf d’imaginer que cette guillotine cachée sous cette bâche soit mise au rebut, mais je me battrai contre la peine de mort : c’est le sens que je veux donner à ma vie d’homme, et à ma vie d’avocat. Je n’aurai pas, c’est sûr, les mots puissants, justes, implacables du plaidoyer de Victor Hugo pour l’abolition de ce châtiment suprême, mais ce seront les miens. Des mots qui diront que la justice n’est pas la vengeance des hommes mais qu’elle doit être leur humanité.
 

— Je vais vous laisser votre bled, maître. Vous allez nous regretter. On a tout fait, ici.
— Tout fait pour vous. Vous êtes venus chez nous pour créer un pays sans nous. Voilà la vérité.
 

Le pire n’est jamais sûr, dit-on. Sous d’autres cieux sans doute, sous d’autres latitudes certainement, mais en Algérie les dictons ont tous été battus en brèche. Le pire n’est jamais une option, c’est une certitude.
 

— Vos pieds sont ici, mais votre tête est restée là-bas. C’est ce que j’appelle l’esprit colonial.
 

Quand on a vingt ans, on croit qu’on a l’éternité devant soi pour refaire le monde, mais quand on est un vieux monsieur comme moi, on réalise que la vie dure le temps d’une étincelle. Allez à l’essentiel. L’essentiel, c’est l’audace, l’amour, la liberté.
 

— Je me suis promis de ne pas l’abandonner et je tiendrai parole.
— J’aime votre fougue, mais ne la confondez pas avec de la candeur. Personne ne vous fera de cadeaux. En France, quel que soit votre talent d’avocat, vous resterez un bicot pour vos confrères.
— Je ne suis pas si candide que ça, maître, mais si je ne tiens pas ma promesse, comment pourrai-je me regarder dans la glace ?
— Vous aimez votre cliente ?
— Aimez ? Non, je ne l’aime pas, si c’est à ça que vous faites allusion. Mais les déracinés me touchent parce que je sais ce que c’est d’être toujours l’étranger dans le regard de l’autre. Émilienne Postorino est de cette race-là. Elle va subir l’exil dans un pays qu’elle ne connaît pas, qu’elle n’aime pas et dont elle ne veut pas entendre parler.


 

dimanche 10 novembre 2019

[Butler, JL] Rien que pour moi





J'ai aimé

 

Titre : Rien que pour moi (Mine)

Auteur : J.L. BUTLER

Traductrice : Caroline NICOLAS

Parution : 2018 en anglais (Harper Collins)
                2019 en français (Sonatine)

Pages : 496

 

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :   

Il voudrait que sa femme disparaisse... et vous aussi !
 
Tout commence comme dans un conte de fées. Ambitieuse avocate à Londres, Francine Day tombe folle amoureuse de son nouveau client, Martin, un banquier d’affaires qui l’a engagée pour s’occuper de son divorce. L’attraction est réciproque, c’est le début d’une aventure clandestine. Mais lorsque Francine engage un détective privé pour suivre Donna, la femme de Martin, afin de préparer son dossier, elle s’aperçoit que son amant ne lui dit pas toute la vérité. Désespérée, elle décide un soir d’aller espionner le couple au domicile conjugal. Le lendemain, elle apprend que Donna a disparu pendant la nuit et que Martin fait figure de suspect aux yeux de la police. Bientôt, l’étau se referme sur Francine, qui est la dernière à avoir vu Donna vivante.

Plus qu’un thriller à la mécanique parfaite, où le lecteur se demande jusqu’à la dernière ligne à qui il peut faire confiance, Rien que pour moi est l’exploration torride d’un amour fou qui peu à peu tourne à l’obsession.

 

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur :

J.L. Butler est le pseudonyme de Tasmina Perry, une auteure à succès britannique, qui compte treize romans à son actif. Ses livres ont été traduits en vingt langues et vendus à plus de deux millions d’exemplaires à travers le monde. Elle a été avocate, et s'est finalement reconvertie en journaliste de mode.

Elle a travaillé pour Marie Claire, Glamour, et était rédactrice du magazine Style (UK) lorsque son premier roman Daddy’s Girls (2006) a rencontré un grand succès.
En 2004, elle lance son propre magazine, Jaunt, dedié aux voyages et à la mode.

Tasmina Perry se consacre aujourd’hui entièrement à l’écriture de ses livres. Elle vit à Londres avec son époux et son fils.

 

 

Avis :

La narratrice, brillante avocate londonienne spécialisée dans les affaires de divorce, se retrouve soudain dans une spirale infernale lorsqu’elle se voit compromise dans la disparition de l’épouse d’un de ses clients, un riche banquier avec qui, contrairement à toute déontologie, elle vient d’entamer une relation amoureuse passionnée.

Elle-même ex-avocate, l’auteur nous entraîne en connaissance de cause dans l’univers des barristers et sollicitors britanniques, dans un Londres dont elle réussit à restituer une ambiance fortement contributrice au charme du roman.

L’histoire est un thriller bien mené, dont les rebondissements et la trame efficace savent maintenir le suspense tout au long d’une intrigue aux multiples surprises. Entraînée malgré elle dans une véritable descente aux enfers où, tout comme le lecteur, elle ne saura bientôt plus à qui se fier, notre avocate se retrouve soudain sur le point de passer de l’autre côté du miroir, celui des suspects et des accusés : une terrible leçon d’humilité dans l’égoïste course au prestige que commençait à devenir sa carrière.

Malheureusement, si l’ambiance et l’intrigue sont réussies, les personnages manquent d’épaisseur et frôlent parfois la caricature, nuisant à la crédibilité de l’ensemble : la naïveté presque stupide et les comportements de midinette de l’héroïne ne cadrent pas avec les talents qui l’ont menée au quasi sommet de sa profession, tandis son riche et bel amant réunit tous les clichés de la romance féminine.

Au final, s’il ne sort pas particulièrement du lot ni ne procure de souvenir impérissable, ce thriller bien huilé se laisse lire avec plaisir, dans un moment de divertissement prenant, sans temps mort ni prise de tête. (3/5)




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