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mercredi 2 septembre 2026

Critique : "Le Calamity Club" de Kathryn Stockett | Lectures de Cannetille

 

Couverture du roman "Le Calamity Club" de Kathryn Stockett




Coup de coeur 💓

 

Titre : Le Calamity Club (The Calamity Club)

Auteur : Kathryn STOCKETT

Traduction : Laura SATZ

Parution : en anglais (Etats-Unis)
                  et en français (Robert Laffont) en 2026

Pages : 682

Accès au livre : ISBN 9782221284131  
                           en librairie

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

" Si on donne à une fille une bouffée d'air frais et qu'ensuite on la lui reprend, elle se battra comme une lionne pour la récupérer. " Mississipi, 1933.
Meg, onze ans, a appris à ne compter sur personne. Depuis que sa mère l'a abandonnée, elle fait partie des grandes filles "inadoptables" de l'orphelinat, où elle se bat chaque jour pour garder espoir malgré le mépris et la cruauté de la présidente.
Birdie, missionnée d'aller retrouver sa sœur récemment mariée à un riche banquier pour sauver sa famille ruinée, découvre un foyer parfait en apparence mais qui repose en réalité sur un tissu de mensonges.
Charlie, internée de force dans un asile après avoir été jugée "faible d'esprit", est prête à tout pour récupérer sa fille perdue et retrouver sa dignité.
Trois destins qui vont se rencontrer par la force du hasard autour de l'orphelinat du comté de Lafayette, puis converger avec celui d'un groupe de femmes intrépides qui élaborent un plan audacieux : le "Calamity Club". Mais dans une ville où règne l'hypocrisie, le moindre acte de défi vous expose à tous les dangers... Quel sera le prix à payer pour leur désobéissance ?

 

 

Un mot sur l'auteur :

Kathryn Stockett, romancière américaine née en 1969 à Jackson dans le Mississippi, a suivi des études de lettres avant de travailler dans l’édition à New York. Elle publie en 2009 The Help (La couleur des sentiments), roman qui rencontre un large succès international. L’ouvrage s’appuie sur son observation des relations entre familles blanches et employées domestiques noires dans le Sud des États‑Unis des années 1960, thème qui structure son travail et reflète son intérêt constant pour les dynamiques sociales et raciales de sa région d’origine.

 

 

Avis :

Près de vingt ans après La couleur des sentiments, son célèbre premier roman qui décrivait la condition des employées domestiques noires au service de familles blanches dans le Mississippi des années 1960, Kathryn Stockett revient avec un récit situé cette fois en 1933. Trois femmes issues de milieux précaires s’y trouvent réunies par les contraintes sociales de la Grande Dépression. Alliées par les circonstances dans une lutte désespérée pour leur survie, elles n’ont d’autre choix que de défier un ordre social et moral fondé sur la ségrégation et la relégation des femmes et des pauvres.

Orpheline déclarée, à onze ans, « inadoptable » en raison de ses origines « viciées », Meg doit affronter dans son foyer une maltraitance légitimée par les principes moraux de l’époque. L’énergique Birdie, que sa famille ruinée a envoyée solliciter un soutien financier auprès de sa sœur et de son mari banquier, tombe de haut en découvrant l’envers des convenances bourgeoises. Enfin, Charlie, jeune mère célibataire internée de force pour moeurs « inconvenantes », est prête à tout pour retrouver la fille qu’on lui a enlevée. La solidarité qui se tisse entre elles finit par donner naissance au Calamity Club, une initiative audacieuse, discrètement improvisée à rebours des conventions, dans une ville qui ne transige pas avec l’ordre établi.

D’une époque à l’autre, revient dans les livres de Kathryn Stockett le thème de la domination structurelle. S’intéressant aux mécanismes d’ostracisation, qu’ils soient sociaux, sexuels ou raciaux, la romancière observe comment institutions, familles et normes sociétales peuvent faire de la vertu affichée le masque commode de l'exclusion et de la violence. Réduites, faute d’autre issue, à une riposte clandestine peu exemplaire, ses protagonistes finissent par retourner leur assignation même contre l’ordre établi. Bâtie avec les moyens du bord, fragile et risquée, leur entreprise de fortune s’écarte de la dénonciation frontale qui caractérisait La couleur des sentiments pour laisser plutôt la place à une résistance souterraine.

Cette dissidence paraît plus instinctive encore, lorsqu’elle s’inscrit en faux contre l’exclusion homosexuelle et la stérilisation forcée. Considérée comme une maladie que traitent certaines cliniques, « l’inversion sexuelle » est, dans ce Mississippi des années 1930, un motif d’effacement pur et simple, l’un de ces comportements jugés déviants qu’il convient de corriger « pour le bien de tous », dans la même logique normative qui frappe la pauvreté ou la « mauvaise réputation ». Pour ces derniers cas, les autorités ont institutionnalisé la stérilisation forcée, une procédure froide, justifiée par des discours médicaux et moraux, pour mettre fin à des lignées jugées dégénérées.

Sans jamais la dramatiser, dans une tonalité grise renforçant encore le propos, Kathryn Stockett intègre la violence au quotidien des personnages comme un non-événement. Elle imprègne tout le récit et, donnant le sentiment d'un monde dont il est presque impossible de s'extraire, érige le Calamity Club en refuge précaire mais essentiel. Ce lieu, qui permet à une poignée de femmes de reprendre en partie la maîtrise de leur destin, illustre comment quelques gestes de solidarité peuvent suffire à entrouvrir une porte à l’espoir. Décisifs dans le récit, ils incarnent une manière de contrer les volontés d’effacement. La construction du roman repose en l’occurrence sur une tension constante entre le visible et l’invisible, les violences les plus manifestes coexistant avec des formes plus diffuses de surveillance, de suspicion et de jugement qui, institutionnelles ou familiales, s’alimentent mutuellement.

En dépit d’une tendance au manichéisme de certains personnages et d’un défaut global de crédibilité dans l’évolution du scénario, l’on reste sous le charme de ce vaste roman, documenté et efficace, peut‑être moins subtil que La couleur des sentiments, mais plus romanesque et généreux, porté par des portraits de femmes vifs et attachants. Alliant précision historique, sens aigu du récit et personnages incarnés, l’ouvrage se révèle un bon page‑turner, dont la fluidité d’écriture fait oublier les quelques facilités de construction. Coup de coeur. (5/5)
 

2 commentaires:

  1. Noté le coup de coeur!
    Alex-mot-à-mots et Keisha ont bien apprécié ce livre aussi.
    Merci pour cette participation.
    (s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola

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