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jeudi 27 août 2026

Critique : "Une Unique lueur" de Fred Vargas | Lectures de Cannetille

 

Couverture du roman "Une Unique lueur" de Fred Vargas

 


Coup de coeur 💓

 

Titre : Une unique lueur

Auteur : Fred VARGAS

Parution : 2026 (Flammarion)

Pages : 528

Accès au livre : ISBN 9782080160713  
                           en librairie

 

 

 

 

 

 

Présentation de l'éditeur :  

— Vous avez regardé les photos, Danglard ?
De la scène du crime ? demanda Adamsberg.
— Cela va de soi.
— Et donc ? Cela vous dit quelque chose ? Parce qu’à moi, oui.
— Tiens. Et cela vous raconte quoi ?
— Mais justement, rien. C’est quelque chose que je ne sais pas alors que cela me dit quelque chose. Donc ?
— Aucune idée.
— Faites un effort, nom d’un chien.
— Désolé, commissaire, dit Danglard avec une pointe d’indifférence.
— Bien. Réunion plénière dans quinze minutes. Il nous faut comprendre.
— Comprendre quoi ?
— Mais le quelque chose, commandant. On commence par là.

 

Le mot de l'éditeur sur l'auteur : 

Médiéviste et titulaire d'un doctorat d'histoire, Fred Vargas est chercheuse en Histoire et Archéozoologie au CNRS. Elle met en scène son personnage Jean-Baptiste Adamsberg, commissaire de profession, qui apparaît pour la première fois dans L'Homme aux cercles bleus, paru en 2005. Le héros est directement inspiré du dessinateur de bandes dessinées Edmond Baudoin. Avec Les Jeux de l'Amour et de la Mort, l'auteure reçoit son premier prix lors du Festival de Cognac en 1986, signant son entrée dans la littérature française. Fred Vargas remporte ensuite et à 5 reprises le Trophée 813, récompensant le Meilleur Roman francophone. Primés à plusieurs reprises, adaptés au cinéma (Pars vite et reviens tard) et à la télévision, traduits dans plus de quarante langues, ses romans policiers sont des best-sellers en France comme en Allemagne et en Italie. Quand sort la recluse, a été publié aux éditions Flammarion en 2017, et 2018 chez J'ai lu, Sur la dalle en 2023. Elle est aussi l'auteure d'essais écologiques, L'humanité en péril (Flammarion, 2019 - J'ai lu, 2020) et Quelle chaleur allons-nous connaître ? Quelles solutions pour nous nourrir ? (Flammarion 2022).

 

Avis :

Après le demi‑pas de côté qu’avait constitué le plus symbolique et occulte Sur la dalle, Fred Vargas replace Adamsberg dans la pure continuité de ses enquêtes, entre fantaisie douce et humour discret.

Une jeune femme est retrouvée morte en pleine rue, vêtue et entourée d’ancolies dans une mise en scène étudiée. Appelé sur place, Adamsberg est intrigué par ce qu’il perçoit, dans ce tableau, d’un infime et insaisissable décalage. Alors que la brigade du 13e et ses inimitables personnalités –  sans oublier le chat obèse et paresseux – resserrent les rangs autour de lui, vient se superposer au présent un meurtre ancien, lui aussi poinçonné de cette lueur fuyante que seul le commissaire semble percevoir.

Jeu de piste minutieux semé de signaux faibles, l’enquête progresse à pas comptés, presque insensiblement, chaque indice ne s’éclairant qu’à la faveur de subtiles inflexions de perception. Une tension discrète s’installe, qui se nourrit longuement de la patience et de l’ajustement du regard, les traces s’esquissant, se croisant et finissant par s’ordonner d’elles-mêmes, sans grand effet de surprise. Désormais bien installé, l’univers vargasien et ses figures récurrentes, présences stables à la complémentarité implicite, permettent au récit d’évoluer sans heurts, dans une cohésion qui fait passer le pittoresque pour naturel. Sobrement original et tissé d’un humour feutré, le roman cultive une forme de connivence avec son lecteur, où ce qui prime n’est pas tant la résolution du mystère que le partage d’une ambiance et la lente maturation d’une intuition.

Sous le patronage insolite d’une ombre nervalienne et de la silhouette de Lauren Bacall, Adamsberg apparaît plus rêveur et déroutant que jamais, accentuant l’aspect flottant d’une enquête qui laisse le flair dominer la logique. Ajoutons la tonalité sans pareille de l’écriture, parfois truculente dans ses reparties, imprégnée d’un lyrisme léger et d’une sympathie diffuse pour ses personnages, et c’est avec un plaisir intact que l’on s’immerge dans ce nouvel opus qui porte à son meilleur une formule désormais parfaitement éprouvée. Coup de coeur. (5/5)

 

Citation :

Adamsberg tourna la clef de contact et démarra, se massant d’une main l’estomac. Le café du rude Harold, Harold avec un H, lui avait donné un peu mal au ventre. Il y avait peut-être des tas de saloperies dans ces doses de café-machine. Il haussa les épaules et accéléra. Des tas de saloperies, il y en avait des milliers partout, jusque dans les vers de terre et les fleurs qu’on offre aux femmes pour faire plaisir. Les fleurs, pas les vers de terre. Encore qu’il aimerait bien qu’on lui en offre. Des vers de terre, pas des fleurs. Il les lâcherait dans son jardin pour leur faire plaisir. Aux fleurs, pas aux vers de terre. Puisque les vers de terre sont le plaisir des fleurs, et l’essence de toute vie sur Terre.

 

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